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Message du culte du 30 avril 2017- «Encore si peu, si peu de temps… » PDF Print E-mail
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Ps. 94. 1 à 7 / Héb. 10. 30 à 39 et 11. 36 à 40 / Luc 24. 28 à 32

« Encore si peu, si peu de temps… »

N

otre rapport au temps est assez paradoxal. Il est des temps qu’on voudrait voir se prolonger, d’autres dont on redoute la durée. Des temps que l’on attend avec impatience, d’autres que l’on appréhende de voir venir. Mais le temps semble rester insensible à nos attentes et à nos désirs. Il s’écoule à son rythme, sans que rien ne puisse modifier son cours. Il en va ainsi de nos vies, de notre histoire et de l’histoire de notre monde. Nous pouvons, à la suite de Lamartine, l’implorer et lui dire : « Ô temps suspend ton vol… ». (Le lac, de Lamartine). Rien n’y fait ! Ce rapport au temps qui caractérise l’expérience humaine témoigne de notre finitude et des contrastes inévitables de cette vie. On ne peut apprivoiser le temps. La Bible nous dit : « Il y a un temps pour toute chose ». Et elle nous invite à les vivres tous : aussi bien à faire mémoire du passé, que de vivre pleinement le présent, et ce, dans une attente patiente et confiante en Dieu pour le lendemain. Ouvrons nos cœurs à ce que Dieu veut nous dire, en ce jour de commémoration du Génocide des Arméniens.

1°) « Pour combien de temps, Seigneur ces impies ? Combien de temps les impies vont-ils triompher ?». Faire mémoire du Génocide des Arméniens, c’est nécessairement poser la question du psalmiste. C’est aussi faire appel, comme lui, à la vengeance de Dieu. C’est faire appel comme lui à celui qui a dit : « A moi la vengeance… » ! Dans sa prière au psaume 94, l’auteur ne mâche pas ses mots : « Ils écrasent ton peuple, Seigneur ! Ils massacrent la veuve et l’immigré, ils assassinent les orphelins… Ils disent : le Seigneur n’y voit rien… ! ». Seigneur met un terme à ce temps d’injustice. « Seigneur, Dieu qui venges ! Relève-toi, Dieu qui venge ! Lève-toi, juge la terre…».

N’est-il pas légitime de nous joindre à son appel face aux épreuves ou injustices que nous vivons ? Face à la grande blessure du Génocide ? Face à l’immense injustice de la négation de ce Génocide par les responsables et leurs héritiers ? Certes oui ! Pas assez des 1,5 millions morts, pas assez de ces marches forcées dans les déserts de Syrie, pas assez de ces agressions, pas assez de la spoliation de tous les biens, qu’il faille aussi y rajouter la négation ! La négation, c’est la blessure de trop ! Une négation d’état, consciente et calculée. Négation qui rend la réconciliation et la paix impossibles. Il ne peut y avoir de réconciliation et de paix sans reconnaissance. Certes, il a bien été adressé quelques « condoléances » aux Arméniens récemment. Mais hélas, sans trop de suite ! Combien nous aimerions que Dieu abrège ce temps de négation ! Combien nous aimerions que Dieu abrège le temps de nos épreuves ! En attendant, nous devons continuer à faire mémoire de ce passé. De le faire non par désir de vengeance, ni pour alimenter la haine, mais simplement pour honorer la mémoire, la foi, le courage de ce peuple que l’on a tenté d’éradiquer de la surface de la terre. Faire mémoire comme témoignage à la vérité et service à la justice. Faire mémoire non pour sombrer dans le désespoir, mais pour vivre avec ce temps, cette histoire qui nous a construits et qui participe à ce que nous sommes aujourd’hui.

2°) « Ne perdez pas votre assurance… »

Dit l’auteur de l’épître aux hébreux. Il dit cela à des chrétiens qui avaient endurés les injures, les persécutions. Il le dit à aussi à ceux qui avaient été solidaires des souffrances et des épreuves des autres. Il le dit à ceux qui avaient accepté la spoliation de leurs biens. Il le dit à ceux « dont le monde n’était pas digne… ». Il le dit aujourd’hui encore aux chrétiens persécutés de par le monde, au Moyen Orient, en Afrique… Il nous le dit à nous aussi ce matin, à nous qui croyons et qui sommes choqués par ce qui arrive à bien de nos frères et sœurs dans le monde : « Ne perdez pas votre assurance… ». Il le dit à tous ceux qui sont tentés de baisser les bras face aux épreuves de la vie, face aux incertitudes de la vie. « C’est d’endurance… que vous avez besoin, pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse ». Puis l’auteur de l’épître aux Hébreux rappelle à ses lecteurs cette parole du prophète Habaquq : « Mon juste par la foi vivra… ». C’est une invitation et une promesse. Invitation à vivre le quotidien quel qu’il soit par la foi. Foi en la bonté de Dieu, en son aide, son soutien, sa fidélité à ses promesses. Foi en sa force et en sa puissance. Foi en la réalité du monde nouveau, à la vie éternelle. Foi en la résurrection du Christ qui relève, redonne courage, à l’image des « disciples d’Emmaüs » envahis par le découragement au lendemain de la mort du Christ. C’est lorsqu’ils reconnaissent le ressuscité, lorsqu’il fait mémoire de son amour en rompant le pain, que tout change tout pour eux. Ils retrouvent joie et espérance, goût de vivre et rejoignent les autres disciples. « Mon juste, par la foi vivra… ». C’est une invitation, mais aussi une formidable promesse : « Celui qui croit en moi, vivra ! », « Je le ferai vivre par la foi pour l’éternité ! » Ne perdons pas notre assurance ! Et restons solidaires de tous les opprimés, les persécutés, les éprouvés, les méprisés. N’oublions pas aujourd’hui que nos grands-parents ont été des étrangers.

3°) « Encore si peu, si peu de temps… »

C’est la réponse de Dieu à la question du psalmiste : « Pour combien de temps… ? ». Réponse aux questions que posent tous les malheureux, toutes les victimes de ce monde mauvais. C’est la réponse à nos questionnements face aux injustices. C’est la réponse à nos interrogations sur nos temps d’épreuves, ces temps que l’on aimerait tant qu’ils soient écourtés, que l’on aimerait mettre en « mode rapide ». Mais le temps de Dieu n’est pas toujours le nôtre. Par contre, nous avons une promesse : « Dieu fait toutes choses belles en son temps » (l’Ecclésiaste). Le Seigneur ne tardera pas, il vient, il est déjà là avec nous. Ouvrons les yeux de notre cœur, ouvrons les yeux sur le ressuscité comme les disciples d’Emmaüs. Encore si peu, si peu de temps, et celui qui vient sera là, il ne tardera pas… ». Le Seigneur ne tardera pas à faire justice, à venger toutes les victimes de ce monde. Il ne tardera pas à nous délivrer de telle ou telle épreuve, de telle ou telle difficulté ou crainte, « il ne tardera pas » !

Conclusion

« Encore si peu, si peu de temps… »

Vivons avec notre histoire, ne la renions pas. Respectons la mémoire de nos anciens. Faisons mémoire avec sagesse.

Vivons notre présent par la foi et avec foi dans le Christ ressuscité. Ne perdons pas notre assurance en Christ face aux injustices et aux épreuves.

Vivons notre présent avec une patience confiante en la bonté de Dieu. En solidarité et en prières avec tous les rejetés de ce monde, les persécutés, les éprouvés de ce monde.

 

Pasteur Joël Mikaélian
30/04/17

 

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux