Message du culte du 09 décembre 2018 - Jacques 5, 7-8 (9-11) - Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux
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Message du culte du 09 décembre 2018 - Jacques 5, 7-8 (9-11) PDF Print E-mail
Messages du Culte

Chers amis, chères sœurs, chers frères d’Issy les Moulineaux,

Jacques 5, 7-8 (9-11)

5/7 Prenez donc patience, frères, jusqu’à la venue du Seigneur. Voyez le cultivateur : il attend le fruit précieux de la terre sans s’impatienter à son propos tant qu’il n’en a pas recueilli du précoce et du tardif.

8 Vous aussi, prenez patience, ayez le cœur ferme, car la venue du Seigneur est proche.

9 Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, pour éviter d’être jugés. Voyez : le juge se tient aux portes.

10 Pour la souffrance et la patience, le modèle à prendre, frères, ce sont les prophètes, qui ont parlé au nom du Seigneur.

11 Voyez : nous félicitons les gens endurants ; vous avez entendu l’histoire de l’endurance de Job et vu le but du Seigneur parce que le Seigneur a beaucoup de cœur et montre de la pitié.

C’est en même temps une joie et un honneur d’être invité ici parmi vous ! Le pasteur Joël m’a demandé de prêcher puis de donner des nouvelles de l’ACO. En laissant mûrir les choses, j’ai finalement mixé les informations sur l’ACO et la prédication…

Mon premier voyage de découverte en Orient a eu lieu en 2006, et c’était à destination de l’Arménie, en compagnie d’une importante délégation des paroisses évangéliques arméniennes de France. Cela m’a permis non seulement de découvrir le magnifique pays qu’est l’Arménie, mais aussi les communautés et les pasteurs de l’union en France. J’ai alors enfin pu découvrir ce pays et ce peuple dont j’avais tant entendu parler via l’ACO ! L’histoire de l’ACO, est intimement liée à celle de l’Arménie et des Arméniens, tout comme elle est liée à l’histoire bien particulière de l’Alsace. Et le maître mot de notre texte, patience et endurance, car Dieu réalise ses promesses, peut en être l’illustration.

Le théologien et Dr en philosophie Paul Berron est né en Alsace à la fin du 19e siècle, donc citoyen allemand. Très tôt sensibilisé aux questions missionnaires, il se destinait à œuvrer en Orient, où, durant la première guerre mondiale, il œuvra finalement comme aumônier militaire … des troupes allemandes et autrichiennes, le siège de son travail était à Alep et il fut ainsi témoin direct des horreurs commises à l’égard du peuple arménien et assyro chaldéen. A son retour, comme alsacien, il avait droit à un passeport français ! Et put ainsi créer, sur demande des missions allemandes désormais interdites de séjour en Orient, une mission française pour l’Orient, l’ACO, en novembre 1922. Et depuis, cette œuvre poursuit son travail à partir de l’Alsace, avec le soutien de l’UEPAL, qui bénéficie encore d’un statut particulier en France, puisque pasteurs, rabbins et prêtres catholiques sont payés par l’état. Et l’UEPAL met un tel poste pastoral à disposition de l’ACO, à mi-temps…

Je me place dans la succession de Paul Berron, Robert Brecheisen, Ernest Reichert. J’ai commencé mon travail de directeur de l’ACO en 2007, et ai été officiellement nommé en 2008. Mon successeur, le pasteur Mathieu Busch, a pris cette place depuis septembre dernier. C’est lui qui était invité ici, mais il s’était déjà engagé à apporter son témoignage à la paroisse de Colmar pour ce dimanche de la Règle d’Or, et m’a demandé de venir ici, ce que j’ai accepté avec joie. Car si je suis retraité depuis plus d’un an, je continue à agir pour l’Action Chrétienne en Orient. Cette dernière partie de mon parcours professionnel a été très riche. Et si toute ma vie de pasteur a été en relation, d’une manière ou d’une autre, avec la mission, ces dernières 11 années l’ont été de manière très profonde. Lorsque je jette un regard en arrière sur cette période, je suis frappé par la persistance de la violence dans cette région…

L’hémorragie des chrétiens fuyant l’Irak, l’Iran, la Syrie, l’Egypte, est une réalité. Ceux qui restent ont bien du mérite. S’ils bénéficient d’une certaine solidarité de la chrétienté mondiale, celle-ci est rarement à la hauteur des besoins. Plus dure pour eux est encore l’incompréhension dont ils sont victimes de la part de l’Occident. L’ACO dans tout cela est un acteur modeste, et l’un des axes de son travail qui s’est développé est le double plaidoyer, celui de la prière, qui est spécifique aux croyants, et celui dans la société, le plaidoyer consistant à informer et aussi à intervenir auprès des autorités.

Pour ce premier type de plaidoyer, l’ACO publie régulièrement depuis 2011 une lettre de prière, rédigée à tour de rôle par les membres de notre communauté. Nous essayons aussi de mettre à disposition du matériel pour le culte de la Règle d’Or. Cette année, c’est le pasteur Bakalian, de Beyrouth, qui nous a envoyé des méditations sur les différents textes proposés par la Fédération Protestante de France pour ce 2e dimanche de l’Avent. Je reprends plus particulièrement celle concernant l’épître de Jacques, que nous avons entendue tout à l’heure. Car elle parle de patience et d’endurance. Et pour le pasteur Bakalian, c’est surtout la corruption ambiante qui fait souffrir, notamment lorsque l’on essaie d’éviter d’y prendre part ! Il écrit :

La corruption des sociétés dans lesquelles nous vivons est une caractéristique de notre vie quotidienne, quelque chose qu’il faut accepter et endurer, il ne sert à rien de s’insurger contre elle. Mais même pour l’esprit le plus endurci, il arrive un moment où il ne peut plus s’empêcher d’élever sa voix vers Dieu et de lui demander d’y mettre un terme et de restaurer la justice dans notre monde. Jacques toutefois recommande une endurance patiente dans cette atmosphère de corruption et la patience jusqu’à la venue du Seigneur qui redressera les torts autour de nous, et – oui ! – en nous. Nous devons prendre comme exemple quelqu’un qui fait sa part de travail (un agriculteur), et qui sait que le résultat n’est pas entièrement entre ses mains. Il doit attendre, pas seulement les premiers signes de pluie en automne, mais aussi les dernières pluies du printemps. Il nous faut être patients, conscients que notre travail dans le Seigneur ne se fait pas en vain (1 Corinthiens 15,58). Cela implique que nos cœurs doivent continuer à s’appuyer sur le Seigneur et ne pas être affectés par les injustices qui nous entourent.

Avec mes propres paroles, j’ai envie de dire que nous vivons sous la promesse, pas la promesse d’une augmentation, pas la promesse que demain tout ira mieux, mais la promesse que l’histoire du monde et notre histoire individuelle sont entre les mains de Dieu. Tout ne se joue pas selon les logiques trop souvent mortelles de notre monde. Il y aura un jugement. Et paradoxalement, ce jugement est aussi une source d’espérance, dans un monde qui en manque singulièrement ! Chacun devra un jour rendre compte de ce qu’il a fait et de ce qu’il a omis de faire. L’humanité n’est pas condamnée à suivre sa pente suicidaire ! Pour ce monde et pour ce qui suit cette existence, nous pouvons faire confiance à Dieu ! Mais ce n’est pas tout. Le pasteur Bakalian poursuit :

Ce n’est pas tout : il peut arriver que nous nous retrouvions dans des situations de conflits à l’intérieur du corps du Christ. Là aussi, nous devons nous exercer à la patience, et non au jugement, et nous souvenir que Dieu seul est le juge (et pas nous). Il est difficile de se sentir rempli de grâce et de vérité, quand on ne peut jamais vraiment savoir si ce qui est dit est la vérité, et quand les gens interprètent la grâce comme de la faiblesse ! Au Moyen Orient, il faut se montrer fort et sûr de son bon droit, pour cacher tout signe de faiblesse et d’impuissance. Voilà ce que la culture ambiante demande, et trop souvent, nous chrétiens de même que nos Églises se conduisent en suivant cette « règle ».

Mais Jacques nous donne deux autres exemples à suivre, les prophètes et Job. Les prophètes disaient la vérité de Dieu, et cela leur amena bien des souffrances. Nous devons nous souvenir que les souffrances terrestres sont préférables à ce qui risque d’arriver lorsque l’on désobéit. Nous devons rester constants et nous concentrer sur la manière dont Dieu déroule son plan, année après année, dans un esprit de compassion et de miséricorde. C’est ainsi que doivent se dérouler notre vie et notre mission, jusqu’à sa venue promise.

Là, j’ai envie d’ajouter : ce n’est pas qu’au Moyen Orient qu’il faut se montrer fort et sûr de soi-même ! Qu’il faut en jeter ! La communication est devenue une profession dans le monde développé, et on y apprend à bien se vendre ! Notre société, la société globale de notre monde, si elle connaît des moments de compassion malheureusement vite oubliés, est globalement dure, exigeante, juge et n’a pas d’égards pour celui qu’elle laisse sur le bord de la route. Et du coup, il y a des révoltes de la part de ceux qui n’en peuvent plus. Ce que les troubles en cours dans notre pays montrent. Mais quand les manifestants veulent simplement renvoyer les responsables élus il y a moins de deux ans … sans d’ailleurs savoir par quoi ou qui les remplacer, on est de nouveau dans le jugement, le rejet, plutôt que dans la recherche de solutions dans un monde devenu trop compliqué.

L’Evangile nous enseigne autre chose : patience et endurance, car Dieu réalise ses promesses. Chaque personne qui se place sous le regard de Dieu est en même temps pécheresse et pardonnée ! Et c’est dans cette tension que nous vivons, que Paul résumait en disant qu’il lui arrivait de faire le mal qu’il ne voulait pas faire et qu’il n’arrivait pas à faire le bien qu’il voulait faire. Alors, nous ne jugeons pas. Et par cette attitude de non-jugement des personnes, mais de discussions sur des actes, des règles, des lois, on peut avancer, dans le dialogue !

Avancer dans le dialogue, en se plaçant sous le regard de Dieu, cela fait partie de l’ADN du chrétien ! Ce n’est pas juste une option politique, ou une manière de gérer les conflits. Et si ce n’est pas facile tous les jours, c’est peut-être par cette manière d’être ensemble que les chrétiens peuvent être témoin de la réconciliation possible ! Une réconciliation qui est basée sur la vérité et la justice, et de l’acceptation de l’autre à l’image de la manière dont chacun est accepté avec ses bons et ses mauvais côtés par notre Seigneur. Amen.

Mais cet « Amen » ne marque pas vraiment la fin du message, puisqu’il y a une suite dans la reprise de l’information sur l’ACO. L’une des informations qu’il me semble important de partager avec vous, c’est notre fonctionnement depuis maintenant 23 ans comme « ACO Fellowship », en d’autres termes, en communauté solidaire au niveau des finances, des décisions, des rencontres. Ce fonctionnement prolonge dans ma tête et dans mon cœur cette réflexion sur ce que dit Jacques dans son épître ! En 1995, le Synode Arabe, le Synode d’Iran, l’Union des Eglises Arméniennes Evangéliques au Proche Orient, GZB – Pays Bas, ACO Suisse et ACO France ont décidé de créer une communauté solidaire en mission, et de sortir d’un fonctionnement où ceux qui apportaient les plus importantes contributions financières avaient le plus voix au chapitre.

Et cela fonctionne ! Je pense que nous avons fait durant ces années de gros progrès pour la connaissance réciproque, le respect, la qualité du dialogue… A défaut d’apprendre la langue les uns des autres (hollandais, français, arabe, arménien et farsi…) nous nous sommes mis d’accord pour parler anglais ensemble, en faisant des fautes mais sans se moquer les uns des autres… La difficulté reste celle de transformer cette communauté inscrite dans les structures en une communauté de foi vivante, entreprise fragile, périlleuse, en même temps riche et merveilleuse. Surtout qu’il est devenu très difficile d’envoyer des collaborateurs fraternels. Par contre, les camps de jeunes, les rencontres d’adultes ont été développés.

Pour donner encore une dernière information sur la vie de l’ACO, je voudrais vous dire que depuis une vingtaine d’années, l’Egypte est devenue l’un de nos chantiers. C’est là qu’il y a le premier christianisme et le premier protestantisme du Moyen Orient (comptant quand même plus d’un million de membres). Modestement, nous accompagnons les défis que ceux-ci doivent relever, dans un contexte islamo-chrétien tendu. L’ACO finance un poste pastoral pour la communauté francophone sur place, ce qui permet une vraie présence. C’est le thème du « Levant » de cette année, que vous trouvez dans cette église.

Voici quelques nouvelles, pour ceux qui voudraient en avoir régulièrement, il suffit de s’inscrire pour recevoir (mais seulement par mail) notre lettre de nouvelles… Je vous remercie pour votre patience et votre endurance dans l’écoute !

Thomas Wild
Action chrétienne en Orient

 

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