Accueil Aller plus loin... Samedi 10 octobre 2009 - Responsabilité envers les pauvres - Dr Agnès SANDERS
Samedi 10 octobre 2009 - Responsabilité envers les pauvres - Dr Agnès SANDERS PDF Imprimer Envoyer
Aller plus loin...

Petit-déjeuner des dames - Samedi 10 octobre 2009.
Intervenante : Dr Agnès SANDERS

Responsabilité envers les pauvres

N otre responsabilité envers les pauvres est un des thèmes prévalant dans la Bible. Ce sujet est abordé beaucoup plus souvent, par exemple, que celui de l’immoralité, et on le trouve présent depuis le Pentateuque jusqu'à l’Apocalypse.

Le sujet est abordé sous différentes facettes :

1.1. Dieu a de la compassion pour les pauvres.

. Job 5.16 : « Il sauve l’indigent de la main du puissant, ainsi le miséreux a de quoi espérer. »

. Psaume 140.13 : « Je sais que l’Eternel rendra justice aux pauvres et fera droit aux affligés. »

. Esaïe 41.17 : « Les opprimés, les pauvres cherchent de l’eau sans en trouver, moi l’Eternel je les exaucerai, moi le Dieu d’Israël je ne les délaisserai pas. »

. Luc 1:52-53 : « Il a précipité les puissants de leur trônes, et il a élevé les humbles ».

. Le passage le plus touchant est celui de la scène de la nativité en Matthieu et Luc : Joseph et Marie étaient pauvres, probablement mal vus en raison d’une grossesse en dehors du mariage, ils ont été obligés de partir vers une région qui n’étaient pas la leur, n’ont pas été acceptés dans les lieux d’hébergement normaux pour les voyageurs, ont du séjourner dans une étable poussiéreuse et malodorante où les seuls visiteurs ont été un groupe de pauvres bergers et des animaux. En faisant cela, Dieu s’est identifié pleinement avec les pauvres. Nous voyons aussi cette identification en Proverbes 14.31 : « Opprimer le pauvre, c’est outrager son créateur », et bien sûr dans les versets connus de Matthieu 25.35-40 : « Car j’ai souffert de la faim, et vous m’avez donné a manger. J’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire. J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli chez vous. J’étais nu, et vous m’avez donné des vêtements, j’étais malade, et vous m’avez soigné. J’étais en prison, et vous êtes venus à moi. »


1.2. Les commandements de Dieu concernant les pauvres.

Il s’agit bien de commandements et non de conseils ni de choix de ministère.

. Deutéronome 26.12 et Lévitique 19.9-10 commandent de laisser une part des récoltes pour les pauvres.

. Proverbes 31.8 nous demande de parler pour ceux qui n’ont pas droit à la parole.

. Esaïe 41.17 nous demande non seulement d’aider les pauvres mais aussi de les encourager. Il est souvent mentionné spécialement les veuves et orphelins. (Les veuves et orphelins au Moyen Orient n’ont presque aucun droit, histoire de Najat.)

. Jérémie 22.13 à 17 accuse le riche qui se fait construire un palais en exploitant les pauvres, sans les payer. Il y a bien sur des équivalents modernes à cette forme d’exploitation. Nous touchons ici à des sujets politiques et sociaux. Souvent les chrétiens ne veulent pas se mêler de politique, ou bien, au contraire, comme c’est arrivé dans les milieux catholiques d’Amérique du Sud par exemple, deviennent extrémistes jusqu'à la violence ou s’allient a des mouvements athées comme le marxisme. Comment pouvons-nous trouver le juste équilibre demandé par le Seigneur ? En suivant l’exemple de Jésus et son exhortation à être « dans le monde, mais pas du monde ».

1.3 La Bible nous affirme que Dieu bénit ceux qui servent les pauvres.

. Deutéronome 15.10 : « Donne au pauvre généreusement et pas a contrecœur. Pour cela, l’Eternel te bénira dans tout ce que tu entreprendras. » L’idée prédominante ici est de donner de tout son cœur (Hovsep)

. Psaume 41.1 : « Heureux celui qui se soucie du pauvre. S’il est dans le malheur, le Seigneur le délivre, il le protège et préserve sa vie, il le rend heureux sur la terre. » Quelle promesse !

. Esaïe 58.10 : « Si tu donnes ton pain a celui qui a faim, et si tu pourvois aux besoins de l’opprimé, la lumière luira pour toi au milieu des ténèbres, ton obscurité se changera en clarté de midi, l’Eternel sera ton guide constamment, il pourvoira a tes besoins, il te fortifiera. »

. Matthieu 19.20 : C’est l’histoire du jeune homme riche. Jésus lui conseille d’échanger ses richesses terrestres pour des richesses célestes. Il lui montre qu’il sert des idoles, les richesses temporelles, au lieu de servir Dieu.

. Luc 14.12-14 : Les marginaux sont invités au banquet du Seigneur. Au moyen Orient, les banquets sont réservés aux gens de la famille, du clan. Jésus nous demande d’aider les nécessiteux au-delà de ceux qui appartiennent à notre clan, à notre église, au-delà de ceux avec qui nous nous sentons confortables. Nous pouvons bien sur penser en particulier aux travailleurs migrants.

1.4. Négliger les pauvres est un péché, selon la Bible.

On peut penser que servir les pauvres est une bonne idée, mais que cela ne nous concerne pas directement. Il y a des œuvres spécialisées pour cela. C’est vrai que les œuvres sont des professionnels qui peuvent s’y connaitre mieux que nous, et pourtant, Dieu nous dit que nous sommes tous concernés. Dieu nous prévient clairement que nous serons punis pour avoir négligé les pauvres, car c’est un péché. Si nous voyons un frère ou une sœur commettre l’adultère, nous nous attendons à ce que Dieu le punisse. Et lorsque nous, nous péchons en négligeant l’ordre de Dieu de servir les pauvres, nous attendons-nous au jugement de Dieu ?

. Ezéchiel 16.49 : « Voici quel était le crime de Sodome, ta sœur : elle et ses filles étaient devenues orgueilleuses parce qu’elles vivaient dans l’abondance et dans une tranquille insouciance. Elles n’ont pas secouru les pauvres et les malheureux. » La destruction de Sodome a été très sévère, et n’était pas due principalement a l’immoralité, qui n’a été qu’une conséquence de cette attitude de complaisance dans les richesses. La raison première de la punition est l’arrogance et la négligence de la solidarité.

. 1 Jean 3.17 : L’apôtre Jean a des mots très sévères sur le sujet : « Si un homme riche voit son frère dans le besoin et lui ferme son cœur, l’amour de Dieu ne peut être présent en lui. »

 

2.0. LES CAUSES DE LA PAUVRETE ET LES RESSOURCES DE DIEU.

2.1. Nous découvrons les origines de la pauvreté dans genèse 3, avec la chute.

«Le sol est maudit à cause de toi. C’est avec beaucoup de peine que tu en tireras ta nourriture tout au long de ta vie.» On se demande parfois pourquoi la vie est si difficile, pourquoi il est si difficile de trouver un bon travail, assez d’argent, une sécurité matérielle. C’est que Dieu lui-même a décidé que la vie ne serait pas facile pour Adam et ses descendants, parce qu’ils ont brisé le rapport de confiance avec Dieu et que le péché, avec toutes ses conséquences terribles, est entré dans la vie de l’humanité, dans la notre.

2.2. Bien des années plus tard, Dieu a donné la loi à son peuple, par Moïse, et a donné des lignes de conduite à suivre pour aider les pauvres (Chapitres 22 et 23 de l’Exode). On note particulièrement le fait de pouvoir se nourrir en glanant, et la remise des dettes l’année du Jubilé, en Lévitique 25. De nouveau en Deutéronome 15, Dieu donne l’ordre d’annuler toutes les dettes tous les ans. (L’annulation des dettes des pays pauvres est plus que jamais à l’ordre du jour des sommets internationaux. En 1999, le G8 s’est mis d’accord pour annuler 100 millions de $ de dettes aux pays les plus pauvres. En réalité, six ans plus tard seulement 46% des dettes avaient été remises.

2.3. Christ est la seule réponse qui annulera la pauvreté un jour.

Comme la pauvreté a été la conséquence logique de la chute, la rédemption du monde par Jésus apportera la fin de la misère humaine.

2 Cor 8:9 : « Car vous savez comment Christ notre Seigneur a manifesté sa grâce envers nous : lui qui était riche, il s’est fait pauvre pour vous afin que par sa pauvreté vous soyez enrichis ». Jésus ne fait pas qu’aider les pauvres, il a pris leur identité. Au ciel il n’y aura plus de pauvreté. Dans la parabole de Jésus en Luc 16:19, le pauvre mendiant Lazare jouit du bonheur éternel dans la présence de Dieu alors que le riche qui ne s’est pas repenti est a toujours séparé de Dieu par un immense abîme.

2.4. Lorsque nous considérons les causes de la pauvreté, nous devons étudier cette question : Est-ce le pauvre qui est responsable de son état, ou est-ce la société ? La réponse à cette question déterminera nos options politiques. Ceux qui mettent la responsabilité sur la société seront à gauche de l’échiquier politique, alors que ceux qui pencheront pour la responsabilité de chaque individu pencheront vers une approche libérale, dans le sens économique du terme. La liberté du régime libéral étant pour tous, elle devient fatalement dans une société injuste, empreinte de péché, la liberté du plus fort d’asservir le plus faible.

La Bible nous dit que la responsabilité est partagée : La personne individuelle est pécheresse, ce qui peut la mener à la paresse mais aussi à la convoitise. La convoitise de certaine associée à la paresse des autres peut amener à une société très dysfonctionnelle et à de grandes injustices. Ces deux comportements sont des conséquences de la désobéissance à Dieu : Celui qui convoite fait péché d’idolâtrie en mettant son amour des richesses en priorité sur sa relation à Dieu, et celui qui est paresseux pèche en n’utilisant pas les dons que Dieu lui a donnés. L’un comme l’autre ne connaîtra pas le contentement qui vient de l’obéissance à Dieu. La question fondamentale n’est donc pas de savoir qui est responsable du problème, mais plutôt de reconnaitre que la racine du problème est dans la désobéissance de tout homme au plan de Dieu. Comme la vaste majorité de ceux qui composent les sociétés ne se soucient pas de faire la volonté de Dieu, il est très logique que la pauvreté continue et s’aggrave sur terre. La moitie de la population mondiale vit avec moins de 2 $ par jour.

 

3.0. La situation de pauvreté au Liban, notre action.

Les communautés religieuses s’occupent des pauvres depuis longtemps au Liban. Dans de nombreux villages on trouve des dispensaires et des orphelinats. Ceci pour remédier à la carence de l’état, le secteur public étant très faible au Liban. Presque tous les hôpitaux sont privés et chers. Il n’y a pas de sécurité sociale et la plupart des gens n’ont pas d’assurance médicale. Il n’y a pas non plus de retraite, tout au plus les salariés reçoivent une somme forfaitaire à leur départ en retraite, qui leur donne un petit pécule mais pas de quoi vivre bien longtemps. Les personnes âgées doivent donc être prises en charge par leurs enfants, même si elles ont travaillé toute leur vie. Le système d’aide par les communautés religieuses est certes très utile, mais il présente des faiblesses :

3.1. Le service rendu est presque toujours à l’intérieur d’une communauté religieuse et ethnique.

Ainsi, les plus défavorisés qui sont les sans papiers, n’appartenant à aucune communauté, ne sont pas aidés.

3.2. Les motivations ne sont pas toujours bonnes :

. Parfois, on aide pour des raisons politiques. Un médecin qui veut se faire bien voir du député, par exemple, donnera quelques heures à un dispensaire, en attente de compensation d’une sorte ou d’une autre, par exemple s’il a besoin d’enfreindre la loi pour construire un étage supplémentaire à sa maison.

. Souvent, des médecins qui consultent dans les dispensaires en profitent pour détourner les patients vers leur cabinet privé.

. Souvent, la communauté religieuse ou le mouvement politique demande une allégeance en retour de l’aide. De même, certains missionnaires dans le passé exigeaient une conversion ou en tous cas mettaient une grande pression sur le patient pour qu’il se convertisse. C’est une sorte d’abus de pouvoir.

3. 3. Même avec de bonnes motivations, la charité est souvent mal faite :

. Le terme même de charité, qui signifie amour, a malheureusement pris une connotation négative car cet acte a été fait avec condescendance plutôt qu’avec un véritable amour. Souvent, nous ne nous rendons pas compte de notre attitude qui nous place en supériorité par rapport à celui qu’on aide. (Par exemple le fait de s’asseoir au même niveau qu’eux et dans le même genre de siège.)

. Il n’est pas facile de faire la charité d’une bonne manière qui plait à Dieu, et c’est pour cela que nous évitons souvent d’y penser et que nous ne passons que rarement à l’action.

3. 4. Pourquoi est-ce si difficile ?

. Nous ne nous sentons pas confortables avec les gens qui sont différents de nous, surtout lorsque nous sommes sur leur terrain et non le nôtre. Par ex, si je prends un prof de médecine en visite au bidonville, qui se sent inconfortable, les habitants ou le professeur ?

. Nous nous sentons impuissants : Que pouvons nous faire face à toute la misère du monde ? Que va changer ma pièce de 1 euro dans la vie du mendiant du métro ?

. Nous nous sentons manipulés, et nous le sommes. Nos frontières personnelles sont envahies par ces personnes qui s’imposent dans nos vies en nous donnant mauvaise conscience, ou bien nous sentons que nos impôts sont mal employés par des paresseux qui abusent du système d’aide de l’état.

. Nous ne savons pas si c’est une bonne idée de donner : peut-être l’argent sera-t-il mal employé, pour acheter alcool ou drogue. Peut-être l’argent donné à un enfant ira-t-il dans la poche d’un adulte qui le bat. Nous n’avons aucun contrôle sur l’argent que nous donnons à certaines œuvres et nous nous demandons s’il n’est pas mal employé, voire détourné.

. En même temps, si nous ne donnons pas, nous nous sentons souvent coupables d’égoïsme.

3. 5. Quelques éléments de réponse :

. Il est utile de ne pas être pris au dépourvu, mais bien préparé, nous devons en tant qu’église bien réfléchir à la question.

. L’église doit répondre au commandement de Dieu d’aider les pauvres, ce n’est pas une option.

. Tous doivent être concernés, pas seulement quelques spécialistes ou missionnaires.

. Il y a dans l’église une diversité de dons, et dans ce domaine là aussi ils peuvent être utilisés : Certains sauront se renseigner sur des œuvres dignes de confiance et fidèles au Seigneur, d’autres sauront présenter la question à l’assemblée pour décider comment l’église va investir ses ressources dans tel ou tel ministère, untel qui a du temps se chargera de la correspondance avec les missions ou œuvres, untel qui a des ressources financières donnera avec générosité à ces œuvres de confiance. Un autre se sentira appelé lui-même à partir en mission ou a servir une œuvre de compassion près de chez lui. Un autre se sentira prêt à inviter une famille démunie de sa connaissance à diner. Tous, nous n’avons pas les mêmes dons, mais tous, nous avons le devoir de ne pas rester indifférent à la grande question de la pauvreté dans le monde. L’important est de le faire, comme le dit Jésus, de tout notre cœur, comme pour Lui-même, et avec la meilleure attitude possible. Ainsi, quand je reçois une pauvre vieille grande mère en consultation, je devrais la recevoir exactement comme je recevrais Jésus s’il se présentait. Le faisons-nous vraiment ? Et quand nous envoyons notre argent pour des œuvres missionnaires en qui nous avons confiance, le faisons-nous avec la même joie que si Jésus lui-même recevait notre argent dans ses mains ? Le missionnaire reçoit-t-il cet argent avec autant de reconnaissance que s’il le recevait directement des mains de notre Seigneur ? L’utilise-t-il en étant conscient de la présence de Jésus à ses côtés ?

. Une église bien préparée à traiter le problème de la pauvreté choisira soigneusement des œuvres qui agiront pour elle auprès des plus pauvres et restera autant que possible en liaison avec ces œuvres, lisant attentivement les lettres de nouvelles et priant pour les actions entreprises. Ce pourra être un orphelinat, une soupe populaire, un foyer d’accueil pour migrants, un ministère d’aumônerie de prison. Des spécialistes y travaillent, nous avons la responsabilité de les soutenir, ainsi tout le monde est concerné.

. Même sans beaucoup de moyens financiers, nous pouvons agir par notre engagement en temps, par exemple en étant bénévole dans une œuvre, et nous pouvons apporter bien plus que des biens matériels aux personne dans le besoin : Notre sourire, notre écoute, notre amour, qui peut redonner dignité et courage a ceux qui en manquent. En nous approchant personnellement des pauvres, des malades, des personnes âgées isolées, en passant du temps avec elles, nous nous apercevrons que nous avons bien plus en commun avec elles que ce qui nous sépare (mais qui est plus évident a priori).

. Dans tout cela il est important d’avoir des frontières personnelles bien établies, afin de ne pas nous laisser envahir, abusés, volés, etc. Il est plus facile d’avoir de bonnes protections lorsqu’on travaille en équipe, avec des spécialistes ou du moins des gens qui ont de l’expérience. Nous apprendrons à trouver un équilibre pour ne pas nous sentir abusés, ni insensibles. Notre sensibilité doit s’inscrire dans la sagesse que Dieu nous donne. Je peux me donner bien plus complètement quand je sais que mes limites sont sûres, que je ne suis pas seule.

. Aider les pauvres est un travail de partenariat entre chrétiens, et avec Dieu, qui nous fait l’honneur de nous utiliser comme partenaire pour son œuvre dans le monde.

 

Dr Agnès SANDERS

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux