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Prier un Dieu souverain

 

Introduction

L

orsque Jésus a parlé de la prière, il ne nous a pas laissé du « fast-food », instantané, qu’il suffit d’appliquer, tout fait. Il nous a, plutôt, laissé du « grain à moudre ». Du grain à moudre pour l’action : nous avons chacun à trouver la manière de faire entrer la prière dans notre vie et nos circonstances personnelles. Du grain à moudre pour la réflexion : nous avons à travailler, à réfléchir, pour développer une juste conception de la prière, à partir de son enseignement.

Prenons, par exemple, son enseignement du Sermon sur la Montagne : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. » (Mt 6 :7-8)

Comment intégrer ce « Votre Père sait » ? Pourquoi lui dire ce qu’il sait déjà ? A quoi bon lui demander, s’il sait déjà « de quoi nous avons besoin » ? Ce savoir est une connaissance, mais il inclut aussi  la décision qu’il convient de prendre. Quel est le sens de notre prière, face à un Dieu, qui sait tout, décide tout ?

Mais suivons encore l’enseignement de Jésus : « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu'il faut toujours prier, et ne point se relâcher. » (Lc 18 :1) La parabole met en scène un juge inique qu’une pauvre veuve importune, et qui lui répond à cause de son insistance. D’autres questions s’élèvent ici : Quel peut être le sens de l’insistance si Dieu sait, et décide souverainement ? Que veut dire cette image du juge qui adopte d’abord une attitude, puis une autre ? Nos prières peuvent-elles faire changer Dieu d’avis, ou de comportement ?

Tout cela pose la question de la fonction et de l’efficacité de la prière. La prière sert-elle à quelque chose, si Dieu « opère toute chose selon les décisions de sa volonté » (Ep 1 :11). Que se passe-t-il si je ne prie pas ?

Si tout dépend de la responsabilité humaine, on sait pourquoi on prie. On s’élance, animé du grand frisson de tout ce qui peut changer. C’est avec ce souffle que certains ouvrages nous invitent à prier en renonçant au « fatalisme chrétien » : « Et Dieu changea ses plans... » [1]

Par contre, si l’on intègre que « Dieu opère toute chose selon les décisions de sa volonté », il est plus difficile de trouver le sens de la prière. Don Carson relève qu’il n’est pas rare que la compréhension de la souveraineté de Dieu ait, comme première conséquence, « un étiolement de la vie de prière ». Il ajoute : « Cela fut mon expérience personnelle, non à cause des doctrines elles-mêmes, mais à cause de mon incapacité à les faire concorder avec les autres enseignements de la Bible. » [2]

Il faut y ajouter toutes les raisons que nous trouvons, de toute manière, pour ne pas prier. L’enseignement sur la souveraineté de Dieu peut aussi être invoqué comme excuse à notre paresse spirituelle.

Comment donc avancer au milieu de tant d’écueils ?

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