Accueil Messages du Culte Culte du dimanche 15 mars 2009 - "L'amour jusqu'au bout."
Culte du dimanche 15 mars 2009 - "L'amour jusqu'au bout." PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte
Jean 13.1-20 - Lire le passage

"L’amour jusqu’au bout"

 

L’occasion et le geste de Jésus

L’épisode dont parle notre texte a lieu lors du repas de la Pâque dont parlent aussi les trois autres évangiles : Matthieu, Marc et Luc. Ils nous apprennent que c’est durant ce repas que Jésus a institué la cène. Jean, quant à lui, ne mentionne pas cette institution, mais il nous rapporte ce que les autres évangiles ne disent pas, en particulier ce geste de Jésus qu’a été le lavement des pieds des disciples. C’est au sens de ce geste que je vous invite à réfléchir ce matin.
Selon notre texte,  Jésus… 4 se lève de table, se défait de ses vêtements et prend un linge qu'il attache comme un tablier. 5 Puis il verse de l'eau dans une cuvette et se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qui lui servait de tablier.           


L’action de Jésus n’a rien d’étonnant en elle-même. Elle faisait partie des règles de courtoisie et d’hospitalité. C’est en la pratiquant qu’Abraham accueille ses trois étranges visiteurs près des térébinthes de Mamré : « Laissez-moi apporter un peu d'eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez-vous sous l'arbre ! » (Gn 18.4). On retrouve cette pratique en Genèse 19.2 ; 24.32 ; 43.24, et Jésus lui-même la mentionne en Luc 7.44 en faisant remarquer à son hôte, Simon le pharisien, sur le ton du reproche, qu’il ne l’avait pas respectée :
[Jésus] se tourna vers la femme et dit à Simon : Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas donné d'eau pour mes pieds ; mais elle, elle a mouillé mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.           

Le lavement des pieds n’est donc pas en lui-même une action inhabituelle ou exceptionnelle. Et pourtant le texte nous dit, au verset 1, que c’est en agissant ainsi que Jésus, « qui avait aimé les siens…, les aima jusqu’au bout ». 

L’amour jusqu’au bout. Quelques questions

Certes, on pourrait comprendre qu’il s’agit ici d’un aboutissement de l’amour : une sorte de point final des manifestations d’amour de Jésus pour ses disciples. Mais l’expression doit être comprise de manière qualitative, me semble-t-il. C’est d’un amour à l’extrême dont nous parle cet « amour jusqu’au bout ». Mais une question se pose : en quoi le lavement des pieds des disciples par Jésus a-t-il été l’expression d’un amour « jusqu’au boutiste » ? Quel sens Jésus donne-t-il à cette action ?

Et à cela il faut ajouter d’autres questions que pose le texte : pourquoi insiste-t-il tant sur la présence de Judas, et cela dès le verset 2 : « Pendant le dîner, alors que le diable a déjà mis au cœur de Judas, fils de Simon Iscariote, de le livrer… » Quel rapport y a-t-il avec le reste du passage ? Puis, à nouveau, aux versets 10 et 11 : « Vous êtes purs, mais non pas tous. 11 Il savait en effet qui allait le livrer ; c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous purs. »

Par ailleurs, comment expliquer la présence du verset 20 dans notre texte : « 20 Amen, amen, je vous le dis, qui reçoit celui que j'envoie me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. » Quel rôle cette déclaration, qui semble hors contexte, joue-t-elle dans le passage ? Pourquoi Jésus dit-il ceci ici ? Surtout que c’est sur cette parole que se conclut notre passage.           

Cherchons à comprendre. 


Le Seigneur serviteur

Une première réponse peut être donnée, la plus évidente : ce qu’il y a d’inhabituel ou d’exceptionnel dans le lavement des pieds des disciples par Jésus, c’est que c’est le Maître qui lave les pieds de ses élèves (v. 12-16) :  

12 Après leur avoir lavé les pieds et avoir repris ses vêtements, il se remit à table et leur dit : Savez-vous ce que j'ai fait pour vous ? 13 Vous, vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ; 15 car je vous ai donné l'exemple, afin que, vous aussi, vous fassiez comme moi j'ai fait pour vous.

Jésus n’a jamais été le copain de ses disciples, il n’a jamais usé de démagogie manipulatrice à leur égard. « Vous, vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis » (v. 13). Jésus était conscient de son autorité. Notez que c’est très certainement parce que Simon le pharisien était conscient, lui aussi, de sa propre autorité de maître de maison qu’il ne s’est pas abaissé pour laver les pieds de Jésus lorsqu’il l’a accueilli chez lui.


Mais le Maître Jésus a su s’humilier pour exprimer son amour jusqu’au bout pour ceux qu’il aimait. Le Seigneur s’est fait serviteur.          


Mais pourquoi a-t-il agi ainsi ? Est-ce simplement pour nous donner un exemple d’humilité et de service ? Non ! Car, dit Jésus, il nous faut « comprendre » (v. 12) son action. Le dialogue de Jésus avec Pierre pourra nous y aider. 


Le dialogue de Jésus avec Pierre

Ce dialogue se trouve dans les versets 6 à 11 :   

6 Il vient donc à Simon Pierre, qui lui dit : Toi, Seigneur, tu me laves les pieds ! 7 Jésus lui répondit : Ce que, moi, je suis en train de faire, toi, tu ne le sais pas maintenant; tu le sauras après. 8 Pierre lui dit : Non, jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. 9 Simon Pierre lui dit : Alors, Seigneur, pas seulement mes pieds, mais aussi mes mains et ma tête ! 10 Jésus lui dit : Celui qui s'est baigné n'a besoin de se laver que les pieds : il est entièrement pur; or vous, vous êtes purs, mais non pas tous. 11 Il savait en effet qui allait le livrer; c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous purs.           


Pierre, dans ce dialogue, est semblable à lui-même. Impétueux, mais plein d’affection pour Jésus : il refuse de se laisser faire par Jésus parce que le geste de Jésus ne correspond à ce qu’il attend du Maître (« Toi, Seigneur, tu me laves les pieds !… Non, jamais tu ne me laveras les pieds », v. 6, 8). Mais lorsque Jésus le reprend (« Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi », v. 8), il en demande dix fois plus (« Alors, Seigneur, pas seulement mes pieds, mais aussi mes mains et ma tête ! », v. 9).          


Mais, dans ce dialogue, Jésus explique pourquoi il est nécessaire, pour Pierre, que Jésus lui lave les pieds : « Jésus lui dit : Celui qui s'est baigné n'a besoin de se laver que les pieds : il est entièrement pur ; or vous, vous êtes purs » (v. 10). Que veut dire Jésus ?           


Selon plusieurs, Jésus dirait que celui qui est déjà pardonné et pur, déclaré en règle avec le Seigneur, n’a plus besoin que d’une purification quotidienne de ses péchés. Il est déjà lavé et il suffit qu’il se lave les pieds pour être totalement pur.          


Mais une telle interprétation du texte explique-t-elle la gravité du ton de Jésus, au verset 8 : « Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi » ? Jésus ne nous met-il pas sur la piste d’une autre explication lorsqu’il dit au verset 7 : « Ce que, moi, je suis en train de faire, toi, tu ne le comprends pas maintenant ; tu le sauras après », plus tard ? Jésus ne parlait-il pas de sa mort qui allait avoir lieu « après », ce lavement des pieds qui validera toutes les purifications préalables ? Car, comme le dira Jésus lors du repas, les disciples sont « déjà purs, à cause de la parole qu’[il leur a] dite » (15.3). Il ne manque que ce qui permet la purification des péchés : le sacrifice du Christ. N’est-ce pas grâce à la mort de Jésus que même les péchés d’Abraham et de David ont pu être pardonnés ? Sans cette mort, tout pardon n’aurait été qu’illusion ! Car c’est Jésus qui a été condamné à notre place, pour nos fautes.           


C’est lorsqu’on prend conscience que, pour Jésus, le lavement des pieds des disciples annonce sa mort pour eux qu’on comprend pourquoi le texte souligne avec tant de force que c’est lorsque son heure, sa Pâque, était venue qu’il agi ainsi : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde au Père… » (v. 1), puis encore, verset 3 : « Jésus, qui sait que le Père a tout (= le sort des hommes) remis entre ses mains, qu'il est sorti de Dieu et qu'il s'en va à Dieu… »           


N’est-ce pas aussi pour cette raison que le texte revient à plusieurs reprises sur la présence de Judas, aux versets 2, 10-11, 18 ? Puis il y a encore les versets 21 à 30, que nous n’avons pas lus. Jésus sait que ce lavement des pieds – sa mort – aura lieu au prix de la trahison par son disciple. C’est pourquoi, au verset 18, Jésus cite le Psaume 41.10 pour souligner cette trahison :


Même mon ami, celui qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, lève le talon contre moi.


Le lavement des pieds des disciples par Jésus passera par la persécution lorsqu’à l’exemple de Judas, le peuple persécuteur va trahir son Messie en l’accusant de blasphème.           


Comprenons-nous maintenant un peu mieux pourquoi, par ce lavement des pieds des disciples, Jésus « les a aimés jusqu’au bout » ? Jésus est le Seigneur qui s’est fait serviteur au point de donner sa vie pour nous ! 


Un exemple à suivre


Mais qu’en est-il de nous ? Car Jésus, par ce lavement des pieds, nous dit explicitement qu’il nous a donné un exemple à suivre :   


12 Après leur avoir lavé les pieds et avoir repris ses vêtements, il se remit à table et leur dit : Savez-vous ce que j'ai fait pour vous ? 13 Vous, vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. 14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ; 15 car je vous ai donné l'exemple, afin que, vous aussi, vous fassiez comme moi j'ai fait pour vous.

En quoi l’exemple que Jésus nous a laissé consiste-t-il ?

Jésus nous encouragerait-il à pratiquer littéralement et régulièrement le lavement des pieds au sein de l’Église ? C’est ce que pratiquent les Frères de la grâce lors de la cène et que l’on retrouve dans une certaine tradition mennonite. Mais dans le cas du lavement des pieds, nous ne sommes pas appelés à pratiquer un rite en souvenir de Jésus. Le Seigneur nous demande de mettre en pratique le sens du lavement des pieds.Mais en quoi cela consiste-t-il ? Et, en particulier, comment lier cet exemple à pratiquer à la conclusion de notre texte sur laquelle Jésus insiste au moyen d’un double « Amen, amen », « En vérité, en vérité » : 

20 Amen, amen, je vous le dis, qui reçoit celui que j'envoie me reçoit, et qui me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé.           


Par ces paroles, Jésus inscrit notre pratique du sens du lavement des pieds dans le contexte de l’envoi dans le monde. Déjà un peu plus haut, il avait dit, au verset 16 :


Amen, amen, je vous le dis, l'esclave n'est pas plus grand que son maître, ni l'apôtre [l’envoyé] plus grand que celui qui l'a envoyé.


Un fait confirme une telle compréhension du texte : un peu plus loin, dans ses paroles d’adieu des chapitres 14 et 15, Jésus fait lui-même le lien avec ce qu’il a dit lors du lavement des pieds. Lisons 15.19-21 : 


15:19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui est propre. Si le monde vous déteste, c'est parce que vous n'êtes pas du monde, alors que, moi, je vous ai choisis du milieu du monde. 15:20 Souvenez-vous de la parole que, moi, je vous ai dite : L'esclave n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. 15:21 Mais tout cela, ils vous le feront à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé.           


Et quelques versets plus haut, Jésus n’encourage-t-il pas les disciples à pratiquer, eux aussi, l’amour jusqu’au bout. Écoutez sa parole :


15:12 Voici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. 15:13 Personne n'a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis. 15:14 Vous, vous êtes mes amis si vous faites ce que, moi, je vous commande.           


Ainsi, l’exemple que Jésus nous a laissé est celui de l’amour jusqu’au bout dans un monde où nous sommes environnés de Judas. Nous devrions être, non des lavettes – Jésus en a-t-il été une ? – mais des laveurs de pieds. Des témoins de Jésus, prêts à se défaire de leur vie, si nécessaire, par amour pour ceux que Jésus aime et pour lesquels, cinq chapitres plus loin, un jour plus tard, il va donner sa vie. Le témoignage chrétien authentique, la vraie évangélisation passe par le lavement des pieds. Telle est la stratégie de l’amour jusqu’au bout !           


Alors, frères et sœurs, « Heureux sommes-nous, pourvu que nous le pratiquions » (v. 17).


Jacques Buchhold

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux