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Culte du dimanche 21 septembre 2008 - "La Liberté" PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte

Chers frères et sœurs en Christ,

 Je suis accompagnée cette année par une réflexion sur le thème de la liberté. Que ce soit, la liberté dans la foi chrétienne, la liberté dans le couple, la liberté du célibat… Aussi, ce matin, je voudrais vous proposer de réfléchir ensemble à la question de la liberté.
 
 1 / Qu’est-ce que la  liberté ?
 
 « Qu’est-ce que la  liberté ? » dirait, peut-être, Pilate d’un ton sceptique comme il a dit : «  Qu’est-ce que la vérité ? ». Au nom de la liberté, on a écrit, parlé, chanté ; on s’est battu, on est mort ; on s’est laissé aller, on a baissé les bras ; on a guéri, sauvé, délivré.

 

Derrière ce petit mot de sept lettres, des dizaines d’images différentes viennent à l’esprit de chacun. Images positives ou négatives, d’ailleurs. Pensez-vous à la fameuse statue de la Liberté, à New York ? Voyez-vous un grand oiseau prendre son envol après s’être échappé de sa cage ? Pensez-vous à la liberté de celui qui sort de prison aujourd’hui ? Pensez-vous à la libération de Paris, en 44 ? Ou à la liberté de la presse ? Ou au slogan tagué sur les murs de Paris en 68 : « il est interdit d’interdire » ? Autant de situations, autant de sens différents pour un mot-symbole.
 
Pour moi, la liberté peut être d’abord représentée comme un immense espace. Un espace qui permet tout, qui ouvre l’horizon, mais qui peut aussi faire peur. À l’inverse, plus on veut restreindre quelqu’un, plus on va l’enfermer dans une geôle étroite. Au Mont St Michel, on peut voir une cage en métal inventée par un conseiller du roi pour servir de punition aux traîtres. Le prisonnier qui était enfermé dans cette cage ne pouvait ni se tenir debout, ni s’allonger, tellement elle était étroite. Elle finit par servir à son inventeur lui-même, sur un caprice du roi.
 
Notre première liberté, c’est déjà la vie ; le droit d’exister, d’avoir un nom, de respirer grâce au souffle de vie donné par Dieu. Quand nos besoins fondamentaux (manger, dormir, parler…) sont respectés, nous pouvons apprécier ce premier cadeau de liberté qu’est la vie.
 
Dans le dictionnaire, au mot liberté, on peut voir qu’il s’agit de l’adéquation entre le vouloir et le pouvoir. Le dictionnaire dit : « pouvoir faire ce que je veux ». On connaît bien cette revendication, des enfants notamment : « Je fais ce que je veux ! ».
 
De cette définition vont découler deux questions :
1/ « Qu’est-ce que je veux ? (Vraiment, profondément…) »
2/ « Est-ce que je peux faire ce que je veux ? »
 
Ces questions sont à la fois simples et riches. « Qu’est-ce que je veux ?» se transforme, petit à petit, en « Qui suis-je ? ». Pour reprendre l’image de l’espace, nous avons besoin, chacun, d’un espace plus ou moins grand, selon notre propre personnalité. Certains aiment sentir assez vite un cadre qui les rassure, leur donne une sécurité. Ce cadre représente les bonnes limites de la liberté. Il peut être imposé par l’extérieur ou décidé par soi-même.
 
Et puis, une des limites évidentes qui s’impose à la liberté, c’est la liberté de l’autre. Mais il y en a d’autres. La limite de la Loi, celle du pays et celle du Décalogue. La limite aussi de mes propres forces, morales et physiques.
 
La liberté peut faire peur. Sartre écrivait : « Je ne suis rien. Je n’ai rien. La liberté, c’est l’exil et je suis condamné à être libre ». La liberté est effrayante lorsqu’elle place l’homme dans le néant, face à l’absurde, au vide.
 
2 / « Vous avez été libérés ! »
 
La Bible nous introduit dans une autre logique. Paul écrivait aux Galates : « Vous avez été libérés ! ». Beaucoup d’hommes et de femmes dont les récits sont rapportés par les textes bibliques, ont goûté à la liberté, dans une expérience de libération. La libération du peuple hébreu, c’est la sortie d’Égypte qui permet la construction de leur civilisation. C’est l’acte fondateur qui, aujourd’hui encore, marque la foi israélite.
 
Une petite parenthèse à propos du sabbat. Nous avons lu dans le livre du Deutéronome que le repos du 7ème jour est institué en souvenir de la libération d’Égypte. Le sabbat est en quelque sorte un cadeau à déguster, le repos qui libère de la contrainte du travail, un repos qui ouvre à la liberté de sortir de l’activisme, de la logique de rendement, du stress de la course quotidienne. Nos contemporains et parfois nous-mêmes, en avons bien besoin ! Faut-il alors s’étonner des paroles de Jésus sur le sabbat ? Non, car les religieux avait transformé la liberté offerte par le repos du sabbat en carcan contraignant, le repos devant immobilisme d’un jour où tout est interdit. Cette expérience du sabbat nous montre combien l’expérience de la liberté est fragile et doit toujours être recentrée sur le côté humain : (Jésus a dit : « le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ») et sur la volonté de Dieu. C’est un juste équilibre à trouver pour échapper au laxisme et au légalisme. Le sabbat, le dimanche pour nous, est un cadeau : celui du repos où nous pouvons goûter à la liberté d’être aimé et d’aimer Dieu !
 
 Jésus aussi a construit Son ministère autour de libérations. Il a libéré des malades. Il a libéré du mépris des collecteurs d’impôt, des prostituées, des lépreux. Il a libéré Lazare de la mort. Il a tenté de libérer du légalisme les Pharisiens. Par ces apparitions après la résurrection, Il libère les disciples de la peur.
 À la Pentecôte, Il envoie, par son Esprit Saint un tel esprit de liberté aux disciples qu’ils vont pouvoir prendre la parole, publiquement, sans peur, à Jérusalem, dans le pays. Puis dans tout le bassin méditerranéen. Il les libère de leurs préjugés et des coutumes, en permettant aux juifs et aux non juifs de manger ensemble, de prier ensemble.
 
 
Comme les disciples, nous avons besoin d’un souffle qui libère. Dans l’Épître aux Romains, Paul insiste sur la libération du péché en Christ. Nous sommes libérés du péché, libérés de l’accusation, de la culpabilité, de la mort. C’est le message de l’Évangile ; connu, certes, et pourtant, nos esprits ont parfois du mal à vraiment le saisir. Un sage indien SHRI AUROBINDO, a écrit : « Le monde entier aspire à la liberté et, pourtant, chaque créature est amoureuse de ses chaînes. Tel est le premier paradoxe et le nœud inextricable de notre nature ».
 
Par la foi, chacun peut être libéré de son passé, de ses blessures, de ses amertumes, de ses remords. Encore faut-il saisir cette libération, la vivre par la force du Christ.
Par la foi, nous pouvons aussi être libres face à l’avenir. Paul s’exclame : « Vous êtes vraiment libres !», autrement dit : « Vous pouvez vous débarrasser de vos peurs, de vos angoisses du lendemain, de vos fatalismes… »
 
La liberté est un espace ; le proverbe dit : « La nature a horreur du vide » ; Jésus raconte l’histoire d’un homme libéré d’esprits mauvais qui, après avoir balayé et rangé sa maison, la laisse vide. Alors, sept autres esprits encore plus mauvais viennent l’habiter. (Luc 11/24). Cette parabole nous invite à ne pas faire de notre liberté une chimère qui laisse nos esprits et nos vies vides, mais, au contraire, à les remplir !
Et comme toujours dans l’Évangile, le défi est de les remplir d’amour. Nous sommes libres vis-à-vis du passé et de l’avenir, et cela nous rend disponibles, aujourd’hui, pour les autres. Il s’agit alors, non pas de suivre une loi écrasante, de servir dans un esprit de sacrifice et de tristesse, mais de découvrir joyeusement ce que l’esprit de Dieu m’offre à partager aujourd’hui. Et comme liberté rime un peu avec nouveauté, peut-être puis-je poser un regard nouveau sur celui qui est en face de moi aujourd’hui et partager, d’une nouvelle manière, l’amour que le Christ met dans mon cœur ?
 
3 / Des chrétiens libres d’aimer
 
Bien des chrétiens ont vécu cette expérience d’un amour en toute liberté qui n’a rien de mièvre ; au contraire il peut être dérangeant voire révolutionnaire… Quelques exemples :
 
Martin Luther King, dont nous commémorons la mort en 2008, 40 ans après, reçoit la liberté intérieure pour réclamer les droits de la communauté noire pacifiquement. Le livre qui rassemble ses prédications s’appelle « Libres d’aimer » ; il écrit : « L’amour est la seule force capable de transformer un ennemi en ami. Un jour nous gagnerons notre liberté, mais pas pour nous seuls. Nous lancerons à vos cœurs et à vos consciences un tel appel que nous vous aurons gagnés en chemin et que notre victoire sera une double victoire. »
 
En France, en 1946, Hélène Tzaut et Violette Steiner, poussées par une compassion énergique sans préjugés, accueillent les femmes qui sortent des maisons closes et, après l’esclavage sexuel de la prostitution, partagent avec elles l’apprentissage de la liberté; c’est ainsi que se lance l’association La Bienvenue (et elle existe toujours).
 
En France, à La Cause, depuis 1920, nous sommes attentifs à entendre l’appel de Dieu ; et, par exemple, nous envoyons aux personnes aveugles et aux malvoyants des livres sur K7 ou CD pour leur permettre de garder la liberté de la lecture. Un service fait avec audace et amour par permanents et bénévoles.
 
Bien sûr, comme nous le disions au début, notre liberté est sans cesse limitée ; par les circonstances, la situation, la fatigue, la maladie, notre manque de forces, mais tout cela, Dieu le sait. La liberté qu’Il nous offre est comme souvent, avec l’Évangile, de renverser notre calcul. Il ne s’agit plus de pouvoir faire tout ce que je veux, mais de vouloir faire ce que je peux. Si déjà je choisis de faire ce que je peux dans le sens du Royaume, alors je vis la liberté des enfants de Dieu.
 
J’évoquais en introduction la liberté dans le mariage. Si je vous posais la question : « Vous sentez-vous libre dans votre couple ? » que diriez-vous ? C’est une interrogation surprenante qui demande peut-être quelques minutes de réflexion pour pouvoir s’avouer à soi-même une réponse honnête. La vie de couple est pourtant lieu de liberté : en premier celui du choix du conjoint. Puis, la liberté de la fidélité. Comme pour le sabbat, on peut avoir deux regards sur la fidélité : contrainte ou cadeau de Dieu ?  Je crois que la fidélité est un espace de liberté où s’épanouit la confiance ; un amour unique, réciproque, nourri, peut suffire à apaiser son besoin de reconnaissance. La liberté dans le couple, c’est aussi celle de sortir de la routine qui s’est installée avec les années. Offrir à l’autre par amour, le meilleur de soi même nous pousse sans cesse à évoluer : Inventer de nouvelles disponibilités, proposer d’autres complicités, surprendre l’autre par un comportement positif innovant…
Enfin, la liberté dans le couple, c’est oser vivre le pardon : sortir des prison de l’orgueil et de la honte pour dire simplement : «  je vois que je t’ai blessé, je te demande pardon » Ou : «  je te pardonne sincèrement. » Le pardon est un vrai outil de liberté que Dieu nous donne pour rester heureux et complices en couple.
 
 Il est temps de conclure par un autre exemple :
Dans un très beau livre « Le scaphandre et le papillon », Jean Dominique Bauby, journaliste, se raconte : il est atteint d’une paralysie totale de son corps, mise à part la mobilité de sa paupière. Mais, c’est justement avec des mouvements de la paupière qu’il a pu, lettre après lettre, dicter tout son livre. Il saisi la minuscule liberté qui lui restait pour rester digne et vivant.
                                                           
Qu’il nous soit donné à nous aussi de saisir les espaces de liberté de nos quotidiens, même les plus petits, les plus infimes.
 Et qu’ils soient pour nous sources de joie et d’amour.
Osons discerner, inventer, choisir des espaces de liberté dans nos vies même les plus resserrées. C’est ma prière pour nous tous :
« Le Christ nous a libérés pour que nos soyons vraiment libres !  »
 
                                                                          AMEN
Pasteur Nicole Deheuvels
Dimanche 21 septembre 2008
 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux