Accueil Messages du Culte Culte du dimanche 29 novembre 2009 - "Du trésor dans des vases d'argile"
Culte du dimanche 29 novembre 2009 - "Du trésor dans des vases d'argile" PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte

Pasteur Paul Sanders

Images relationnelles de la Mission : Du trésor dans des vases d’argile

(2 Cor. 3.17-4.12)

 

J e suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui et je vous remercie pour l’invitation. Je dois vous avertir qu’après 14 ans au Liban, pratiquant quotidiennement un mélange plus ou moins savant de trois langues (le français, l’anglais et l’arabe), mon français en a pris un coup et la rouille a sérieusement besoin d’être décapée !

Dans la deuxième lettre de Paul à l’Eglise de Corinthe, l’apôtre ouvre son cœur et partage, comme nous le dirions aujourd’hui, sa vision, sa mission et ses valeurs au sujet du ministère chrétien. Il évoque à la fois les bénédictions incroyables du ministère ainsi que ses défis redoutables. Il le fait en partie en employant des images qui nous parlent en tant que personnes ordinaires. En effet, 2 Corinthiens ne se destine pas seulement au "clergé professionnel", mais à tout chrétien engagé dans un ministère - qu’il s’agisse de témoignage personnel, de responsabilité dans l’église locale ou de ministère spécialisé en tous genres.

Il existe un trait commun à toutes ces images dans 2 Corinthiens : «La force dans la faiblesse». Elles mettent toutes l’accent sur l’œuvre de l’Esprit de Dieu et sur notre rôle en tant qu’instruments de son œuvre. J’aimerais examiner brièvement avec vous quatre de ces images, à «vue d’hélicoptère».

Le Cercle de réconfort : "Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père qui est plein de bonté, le Dieu qui dans toutes les situations … afin qu’à notre tour nous soyons capables de réconforter ceux qui passent par toutes sortes de détresses, en leur apportant le réconfort que Dieu nous a apporté» (1.3-4)

Dans ce chapitre 1, Paul nous montre que même nos épreuves douloureuses peuvent constituer des moyens puissants pour toucher les gens autour de nous. Notre famille connaît ceci d’expérience. Nous savons qu’à des moments de grande douleur, nous expérimentons une grande faiblesse, et cependant, la force de Dieu est puissante pour toucher d’autres durant ces moments et ensuite, intégrant ces expériences dans notre message de vie. Nous ne cherchons certes pas l’épreuve (nous ne sommes pas des masochistes chrétiens), mais nous reconnaissons que les épreuves nous donne la capacité de nous identifier aux autres et de porter leurs peines. C’était en effet nos propres épreuves, comme je l’expliquerai tout à l’heure, qui nous a ouverts à nous rendre au Liban.

Odeurs divines : « Oui, nous sommes, pour Dieu, comme le parfum du Christ parmi ceux qui sont sur la voie du salut et parmi ceux qui sont sur la voie de la perdition. Pour les uns, c’est une odeur de mort qui les mène à la mort, pour les autres, c’est une odeur de vie qui les conduit à la vie» (2.15-16)

Au chapitre 2, Paul emploie l’image du parfum ou de l’encens pour nous rappeler que les gens autour de nous peuvent ressentir la présence du Saint-Esprit dans nos vies, sans qu’ils puissent forcément formuler ce ressenti, et ceci ouvre des portes naturelles au témoignage (je me souviens que peu après mon arrivée en France en 1972, j’allais suivre des cours de français et prenais le métro. Le matin, mes narines étaient inondées du parfum des femmes et, éventuellement, l’après-rasage des hommes, qui se rendaient au travail. Le soir, cependant… l’odeur dans les rames étaient bien différente). Le "parfum" de l’Esprit se répand, il est perceptible par les non-croyants, que nous en ayons conscience ou non – et ceci constitue une odeur que nous ne voulons en aucun masquer avec quelque déodorant que ce soit ! Lors des processions militaires de l’antiquité, les officiers victorieux constituaient la tête d’un cortège de victoire avec les prisonniers captifs en queue de cortège. On répandait beaucoup d’encens, de sorte que tant les foules qui y étaient présentes que les soldats victorieux ressentaient l’odeur de victoire et de vie, tandis que pour les captifs, il s’agissait d’une odeur signalant leur mort certaine. C’est certes un mystère que la façon dont Dieu amène les hommes et les femmes à la foi, que certains acceptent et d’autres refusent, mais notre rôle est de laisser transparaître ce parfum de la présence de l’Esprit (Agnès & les Bittner)

Lettres vivantes : "Il est évident que vous êtes une lettre que le Christ a confiée à notre ministère et qu’il nous a fait écrire, non avec de l’encre, mais par l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tablettes de pierres, mais sur des tablettes de chair : sur nos cœurs" (3:3)

Au chapitre 3, l’apôtre compare nos vies à des lettres vivantes que Dieu rédige et qui peuvent être lues par ceux qui vivent autour de nous. Dieu rédige cette Lettre avec de l’encre indélébile. Votre vie et la mienne, en tant que personnes individuelles constituent autant de lettres "connues et lues de tous". Nous ne pouvons pas esquiver ce coup-là. La question est de savoir : que lisent les gens ? Et pourquoi voudraient-ils y prêter attention ? Que perçoivent leurs «narines» ?

Je me souviens bien de la première lettre que j’ai reçue d’une fille. Elle, comme moi, avait 14 ans et elle s’appelait Gloria. Sa lettre et l’enveloppe étaient parfumées ! Il y avait la communication verbale (la lettre) et non-verbale (le parfum) et les deux conjuguées étaient puissantes !

Il existe deux sortes de lettres de recommandation : votre CV et vos références. La première catégorie inclut ce que nous écrivons sur nous-mêmes (ce que nous voulons montrer aux autres) ; la seconde est écrite par d’autres à notre sujet (notre réputation). Nous pourrions ajouter, en tant que chrétiens, une troisième catégorie : la lettre que Dieu pourrait écrire sur nous et sur notre Eglise ou notre ministère. Au bout du compte, nos compétences sont attestées par le témoignage de l’Esprit, et non seulement sur les éloges des hommes (les cérémonies d’adieu à Beyrouth…).

La lettre de Dieu est une lettre progressive, écrite en épisodes ou chapitres. Notre ministère envers les autres est comme une lettre dont l’encre sèche sur la page à mesure que nous exerçons notre ministère.

Notre legs, notre héritage, n’est pas ce que nous laissons derrière nous, mais plutôt ceux qui nous succèdent, que Dieu nous a permis de toucher, d’influencer, d’encourager, d’équiper. Les histoires des églises locales ou des œuvres chrétiennes ont des hauts et des bas, mais ce qui a été investi dans les vies est gravé sur les cœurs des gens et demeure.

VASES D’ARGILE

« Ce n’est pas nous-mêmes que nous mettons en avant dans notre prédication, c’est le Seigneur Jésus-Christ. Nous-mêmes, nous sommes vos serviteurs à cause de Jésus. En effet, le même Dieu qui a dit : ‘Que lumière brille au sein des ténèbres’ a lui-même brillé dans notre cœur pour y faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu qui rayonne du visage de Jésus-Christ. Mais ce trésor, nous le portons dans les vases faits d’argile que nous sommes, pour que ce soit la puissance extraordinaire de Dieu qui se manifeste et non notre propre capacité ». (4 :5-7)

QUEL EST-CE TRESOR ?

Ce n’est pas nous qui sommes le « trésor » - quoique en tant qu’enfants adoptifs du Roi, nous sommes son trésor particulier – mais plutôt le trésor est la lumière de l’Evangile qui brille en nous, par l’Esprit de Dieu qui habite en nous.

EN QUOI CE TRESOR EST-IL CONTENU DANS DES VASES D’ARGILE ?

Les vases d’argile auxquels Paul fait référence ici, étaient des ustensiles en terre cuite dont on se servait pour porter de l’eau, cuisiner, manger, boire, etc. Ils étaient fragiles et leur espérance de vie était relativement brève. Pour la vie de tous les jours, les habitants du Moyen-Orient ancien (et même aujourd’hui) ne se servaient pas d’ustensiles en verre, marbre, airain, ou bois de cèdre, même s’ils pouvaient se les payer. Dieu se sert de gens ordinaires pour accomplir Sa mission extraordinaire (Ma mère et le placard de porcelaine de Chine).

Les ustensiles ordinaires utilisés tous les jours sont égratignés, fêlés, abimés – ce n’est que la porcelaine dont on se sert peu qui en sort indemne.

Ces ustensiles, parce qu’ordinaires, étaient aussi employés pour cacher des objets de valeur, comme « récipients insoupçonnés »".

Nos corps terrestres sont des vases d’argile parce que nous avons été formés par Dieu de la terre. Celui ou celle qui exerce le ministère chrétien, qu’elle qu’en soit son expression, est fait d’argile, ordinaire, fragile et facilement abimé.

POURQUOI EMPLOYER DES ‘VASES D’ARGILE’ ?

Dieu opère ainsi afin qu’il n’y ait pas de confusion au sujet des véritables origines de notre puissance, afin que les gens se tournent vers Dieu et le glorifie Lui et non pas nous !

Ce passage nie toute prétention à une compétence dans le ministère basé sur nos capacités personnelles. Il rejette la mentalité de superstar où les ministères sont basés sur la force de personnalité du leader. Dieu utilise nos personnalités, mais Son ministère n’en est pas dépendant. Lorsque nos ministères se fondent sur nos compétences humaines, un jour ce vase fragile va craquer sous la pression, et il y a bien des exemples tristes pour illustrer ce propos. Nos ministères devraient être des démonstrations de la dépendance sur la puissance de Dieu.

Vases d’argile : les serviteurs de Dieu les plus utilisés par Dieu sont ceux qui sont égratignés, fêlés, abimés et qui le savent. Il ne s’agit pas du vase mais du contenu (trésor). Dieu révèle son trésor à travers notre faiblesse.

Durant nos premières années de ministère en France, nous étions des personnes assez suffisantes, quelque peu arrogantes, ayant l’impression qu’il faut simplement faire les choses selon la bonne méthode pour réussir dans le ministère. Puis en 1981, notre fille Anne est née et là s’est engagée une longue bataille pour sa vie qui a duré 8 ans. Nous avons connu des épreuves graves, mettant en péril nos vies et celles de nos enfants. Nous-mêmes et nos enfants avons été aidés par des thérapeutes pour des épreuves de dépression et d’autres épreuves très difficiles. Nous sommes des serviteurs ordinaires : égratignés, fêlés, abimés, un peu usés … et cependant, que Dieu en soit loué, le trésor est toujours là : la présence de l’Esprit et l’Evangile précieux du Christ. Notre ambition est d’exercer le ministère dans la faiblesse de nos moyens. En effet, Paul termine sa deuxième lettre aux Corinthiens en employant les mots « faible » et « faiblesse » 11 fois. De retour en France, nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans une nouvelle saison de vie, comportant de nouvelles occasions d’exercer nos ministères de vases d’argile, de lettres vivantes, de parfum de Dieu et de réconfort.

Pasteur Paul SANTERS

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux