Accueil Messages du Culte Culte du dimanche 2 février 2010 - "Heureux ceux qui ont le coeur pur"
Culte du dimanche 2 février 2010 - "Heureux ceux qui ont le coeur pur" PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte

«Heureux ceux qui ont le cœur pur»
(Matthieu 5,8)

Psaume 24 v.3-6 - Lire le passage

Matthieu 5 v.1-12 - Lire le passage

J ésus parle ici d’abord à ceux qui acquiescent déjà au projet divin, aux disciples qui sont déjà au bénéfice de la grâce de Dieu : il les appelle à une foi cohérente, à une attitude qui manifeste le statut de fils qui leur est déjà acquis par la grâce de Jésus-Christ. Cependant, la parole de Dieu est aussi donnée pour être utile à tous car elle montre à tous le chemin à suivre, savoir Jésus.

(André Chouraqui a d’ailleurs traduit « heureux » par « en marche» : c’est certainement une traduction trop réductrice, mais elle rend au moins bien compte de l’idée de mouvement de la parole de Jésus.)

Nous nous pencherons sur la béatitude du verset 8…

 

1) « Heureux ». Les béatitudes, qui expriment la loi du royaume de Dieu, sont pour le moins déconcertantes ! Jésus, en effet, ne dit pas : « Heureux ceux qui verront les Romains être chassés de Palestine », ou « heureux ceux qui réussissent à observer tous les rites du judaïsme ».

« Heureux » ne dit pas le bonheur tel que des philosophes le concevaient jadis : Épicure (341-270 av. J.-C.), par exemple, cherchait le bonheur dans le contentement, dans l’ataraxie, c’est-à-dire l’absence de trouble ; quant aux stoïciens, au début de l’ère chrétienne, ils invitaient l’individu à la maîtrise de ses passions afin qu’il parvienne à l’apathie, à l’impassibilité d’une vie purement rationnelle.

Mais le bonheur dont il est question dans les béatitudes n’est ni la sérénité qu’apporte la simple sobriété ni le détachement des choses du monde. Ceux qui sont dits heureux sont en effet ceux qui aussi pleurent, qui ont faim et soif, qui sont persécutés .. Ils sont heureux malgré les souffrances vivement ressenties.

« Heureux » ne vise pas une émotion passagère ; ça ne dit pas le bonheur tel que la pub le conçoit, mais tel que Dieu le conçoit. Jésus ne dit pas « Ah, les veinards ! » mais « makarioi » : c’est le bonheur selon Dieu. La différence est telle que, faute de la saisir, on risquerait de prendre les paroles de Jésus pour celles d’un ironiste amer : « heureux les pauvres », « heureux ceux qui pleurent » ! Le paradoxe dans ces paroles, en fait, annonce le bouleversement apporté par la manifestation du Royaume de Dieu, bouleversement que notre vie de fils et filles du royaume doit refléter.

Les béatitudes ne sont même pas simplement des prescriptions données pour le bonheur de l’homme, elles ne disent pas seulement que si nous conformons notre comportement à l’esprit de ces paroles nous vivrons heureux. Le bonheur est en effet un état subjectif, alors que la déclaration de Jésus est un jugement objectif. Il ne nous fait nullement part de ce que les personnes visées devraient ressentir, mais de ce que Dieu pense d’elles – elles sont bénies.

De fait, « heureux », c’est une déclaration de l’approbation objective de Dieu. Jésus, ici, n’offre pas vraiment le bonheur, il déclare, promulgue le bonheur, avec autorité ; il dévoile ce qui est. Il fallait une grande audace, ou une réelle et légitime autorité, pour se prononcer ainsi sur le bonheur des autres. Les personnes ne se savaient même pas heureuses, peut-être Ici, Jésus définit une situation telle qu’il la voit, et le disciple est appelé à s’incliner devant la parole de Dieu.

2) Voir Dieu. Quel défi ! Le désir de Dieu est universel, malgré l’athéisme, minoritaire. On se souvient de Moïse : « Fais-moi voir ta gloire ! » (Ex 33,18), ou encore de David : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! » (Ps 42,2). On pense aussi à la question que Philippe posait à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » (Jn 14,8). Que demander de plus en effet ? Nous nous contenterions même sans doute d’un peu moins…

Cette soif de Dieu traverse toute l’histoire de l’Église. Par exemple, Ignace d’Antioche, disait : « En moi il y a une eau vive qui murmure et chuchote à mon cœur : Viens auprès du Père ! ». De telles personnes avaient compris que le vrai bonheur est dans la communion avec Dieu. On a dit d’ailleurs : « La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. ».

Or voir Dieu, d’après la Bible, ça paraît une impossible possibilité ! Nous savons en effet que Dieu est Esprit, qu’il est donc invisible et qu’il n’est pas question de le voir avec les yeux du corps. Du moins il faudrait pour cela qu’il se manifeste sous une forme visible, comme dans le buisson ardent de Moïse ou, mieux, qu’il s’incarne, comme il l’a fait en Jésus-Christ. C’est pourquoi d’ailleurs Jésus répond à Philippe : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14,9).

Le Seigneur déclare : « L’homme ne peut me voir et vivre. » (Ex 33,20b). Ailleurs l’Écriture dépeint « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs … que nul homme n’a vu ni ne peut voir » (1 Tm 6,15s.). Exode 24, Ésaïe 6 et Ézéchiel 1 parlent de visions, de métaphores, mais non pas de description de Dieu… D’un autre côté, dans le Nouveau Testament, Paul dit que le Fils « est l’image du Dieu invisible » (Col 1,15), c’est-à-dire la visibilité du Père, la véritable révélation du Père, l’exégète de Dieu…

En fait, il est indispensable de saisir qu’il y a du déjà et du pas encore dans la promesse de Mt 5,8, et que le meilleur est encore à venir comme l’indique le temps du futur : la vision plénière est réservée à l’état final. « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. » (1 Co 13,12). Reste la certitude que déjà aujourd’hui et davantage un jour, le disciple du Christ est et sera comblé gracieusement de la vision de Dieu.

1 Jean 3,2 dit : « Nous savons que … nous serons semblables [au Christ], parce que nous le verrons tel qu’il est. ». Et dès maintenant, nous qui aimons le Seigneur et persévérons à son service, nous sommes chacun « comme quelqu’un qui voit celui qui est invisible » (Hé 11,27).

Et puis, surtout, il est indispensable de comprendre qu’il ne faut pas interpréter « voir » trop littéralement. La vision de Dieu n’est pas non plus l’extase ou la vision béatifique, mais il s’agit de faire l’expérience de la présence de Dieu, de son action, il s’agit de le rencontrer, d’être proche de lui, de le connaître. Or quand le cœur est pur, il discerne que Dieu est là.

3) La pureté du cœur. S’agit-il d’une certaine pureté nous permettant de mériter de voir Dieu ? On aurait alors là, comme l’a vraiment soutenu quelqu’un, un véritable tract antipaulinien ! Et il resterait une lourde question : comment atteindre par nous-mêmes la pureté évoquée, cette pureté du cœur dont parle déjà le Psaume 24 ? Cf. Hé 12,14 : « Poursuivez … la consécration sans laquelle personne ne verra le Seigneur. ».

Il est bien plus juste de reconnaître que cette béatitude amène au Christ, elle amène l’individu à reconnaître sa propre faillite et à accepter le Christ comme étant sa « justice » (Jr 23,6 ; 1 Co 1,30), c’est-à-dire celui qui communique au croyant le statut qu’il a obtenu pour lui-même ; puis, surtout, cette béatitude montre au chrétien comment vivre pour plaire à Dieu, quelle attitude il faut rechercher avec persévérance pour lui être agréable.

Cette précision étant donnée, il faut encore relever que le cœur, qui doit être pur, c’est le siège de toute la vie intérieure de l’homme. À l’évidence, Jésus vise ici la pureté morale, la rectitude personnelle. Il vise donc bien plus haut que la seule pureté rituelle ou cérémonielle. Osons une application en forme d’exhortation fraternelle : attention aux rites évangéliques de purification, savoir les cultes, les études bibliques, les activités d’évangélisation ou de propagande, la mémorisation de la Parole de Dieu, etc., toutes ces choses très bonnes que nous pourrions néanmoins pratiquer alors que notre cœur abrite la rancune, la jalousie, etc.. Nous serions alors des hommes doubles, déchirés par un combat interne.

Or Dieu – c’est lui qui purifie notre cœur – veut faire de nous des personnes intègres, qui ont choisi leur camp, leur façon de vivre, clairement. Le philosophe danois Kierkegaard disait au XIXe siècle : « La pureté du cœur c’est de vouloir une seule chose. ». Le cœur pur est un cœur qui n’a qu’une seule allégeance. Avoir le cœur pur, c’est savoir se consacrer, poursuivre un seul objectif, avoir des dispositions intérieures telles que notre comportement soit droit. Cela demande de mettre de l’ordre dans les désirs désordonnés de notre âme, et même de renoncer à bien des désirs et des ambitions de peur d’être écartelé et finalement détruit.

 

Bref, cette pureté de cœur, c’est non seulement se garder du péché, qui souille le cœur, mais c’est encore, de façon positive cette fois, avoir un cœur simple, tout entier tourné vers Dieu ; c’est aimer Dieu de tout son cœur. Or notre cœur est si souvent partagé : aimer Dieu d’un côté, et préserver nos intérêts d’un autre côté !

Louis Schweitzer écrit : « Notre désir de sainteté lui-même peut être ambigu ; il est encore tourné vers nous. Nous nous verrions bien dans la situation d’un saint et nous serions ravis de voir, dans les yeux des autres, une certaine admiration pour notre immense humilité… ». Dietrich Bonhoeffer, dans Le Prix de la grâce, dit quant à lui : « Qui a le cœur pur ? Celui-là seul qui a totalement abandonné son cœur à Jésus afin qu’il y règne sans partage ; celui qui ne souille pas son cœur ni avec le mal qu’il commet, ni non plus avec le bien qu’il fait. ».

Est-ce que nous désirons voir Dieu à l’œuvre dans notre vie ? Prions alors comme le psalmiste : « Crée en moi un cœur pur, ô Dieu ! » (Ps 51,12). Dans la béatitude de Mt 5,8, Jésus nous invite à avoir un cœur désencombré et tout orienté vers le Royaume.

« Heureux », « tu es heureux » : pour le disciple, c’est une exigence d’authenticité, de pureté, d’intégrité, pour éprouver, pour goûter davantage au bonheur promulgué. L’Évangile ouvre devant nous un chemin de changement radical, un chemin de bonheur. À nous de préférer ce chemin aux autoroutes sur lesquelles il nous semble aujourd’hui tout naturel de nous engager.

 

Sylvain Aharonian

Dimanche 07 02 2010

 

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux