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Culte du dimanche 19 octobre 2008 PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte

Genèse 32 v. 23 à 33 - Lire le passage

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Message en arménien

Le récit biblique, avec la vie de Jacob, nous entraîne dans un parcours qui n’a rien d’un voyage d’agrément ou d’un circuit touristique. Ce parcours est plutôt une désolante, une lassante succession de coups bas, de tricheries, de disputes. Dispute entre frères jumeaux, entre père et fils, entre oncle et neveu, entre sœurs, entre père et filles. Une vie où même ce qu’il y a de plus sacré : la bénédiction divine, le mariage, n’est pas épargné par les calculs sordides et les tromperies. Une vie où l’on se vole des bénédictions, des statuettes des ancêtres, où l’on trompe sur l’identité de la mariée.
Mais au milieu de toutes ces bassesses, une étonnante rencontre avec Dieu. Une rencontre si marquante que le souvenir en est perpétué par deux noms : Israël, le nouveau nom donné par Dieu à Jacob, et Péniel, le nom donné par Jacob au lieu de la rencontre. Deux noms qui parlent de Dieu, de culte, de rencontre face à face. Des noms qui évoquent un Dieu qui inscrit son action dans nos existences troublées et qui vient à notre rencontre. Qui veut nous rencontrer personnellement, face à face.
De ce face à face de Jacob avec Dieu, je vous invite ce matin à recueillir quelques enseignements pour nous mêmes sur la façon dont Dieu veut nous rencontrer nous aussi.

 

Intéressons-nous aux circonstances de cette rencontre : Jacob est seul, il fait nuit, Jacob à peur, il se sent démuni, vulnérable devant l’épreuve redoutable qui l’attend, la confrontation avec son frère auquel il a volé la bénédiction, qui a juré il y a 20 ans de le tuer et qui marche   à sa rencontre avec 400 hommes.
I
Jacob est seul, la rencontre avec Dieu est une rencontre seul à seul.
Il peut sembler étrange et contradictoire d’affirmer cela au moment même où nous sommes réunis précisément pour rencontrer Dieu, pour répondre à l’invitation à la promesse de Jésus : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ».
Nous organisons un culte, nous participons à un culte précisément parce que nous croyons que de chanter ensemble les louanges de Dieu, de le prier ensemble, d’écouter ensemble sa parole, de prendre ensemble le repas du Seigneur, est essentiel à notre vie spirituelle, à la perception de la présence de Dieu dans votre vie. C’est Dieu que nous sommes venus rencontrer ce matin. Mais même dans la communauté c’est personnellement que Dieu veut nous rejoindre ce matin. Ce sont nos attentes, nos problèmes, nos doutes, nos espoirs, notre vie à chacun qui est là devant lui. C’est à chacun de nous qu’il veut parler personnellement.
Et c’est aussi à chacun de nous de nous situer personnellement devant lui, comme le chante le négro spirituel : « Ni mon père, ni ma mère, ni mon frère, ni ma sœur, c’est moi, c’est moi qui me tiens devant Dieu »
Certes Jacob n’est pas seul comme au voyage aller, 20 ans plus tôt, lorsqu’il quittait sa famille pour échapper à la colère de son frère. Il a une nombreuse famille dont il doit assurer la sécurité : 4 mères, 11 enfants, des troupeaux, des chameaux, un beau-père avec lequel il vient de faire, tant bien que mal, la paix ! Un frère !
Nous avons, nous aussi, votre réseau de relations, nos responsabilités. Notre vie est imbriquée dans celle de nos semblables pour le meilleur et pour le pire. Mais chacun de nous aussi à sa propre identité, unique, irremplaçable. Même si personne autour de nous ne semblait la remarquer, même si nous-même avions de la peine à prendre conscience de cette identité, Dieu la connaît. Dieu nous connaît personnellement et veut nous rencontrer personnellement.
II
Jacob est seul, Jacob à peur. Le récit le souligne. Il ne se contente pas de dire que Jacob a peur : « Jacob eut très peur », et il ajoute encore : « l’angoisse le saisit. » Jacob le rusé, Jacob le malin, Jacob qui, avant même sa naissance, se battait déjà avec son frère dans le ventre de sa mère. Jacob qui, au moment de sa naissance, se battait encore puisqu’il tenait son frère aîné par le talon comme pour le retenir ou pour bien faire comprendre que même devancé, il ne s’avouait pas battu. Jacob qui s’est sorti de tant de situations difficiles, qui, bien qu’exilé à des centaines de kilomètres de sa famille, sans aucun bien, sans aucun appui, avec comme seule garantie, une bénédiction paternelle volée et pour seule fortune un bâton de marche, livré au bon vouloir d’un oncle profiteur, filou, irascible, et qui malgré cela a réussi à se faire une famille et une très belle fortune en troupeaux, en chameaux, en serviteurs et en servantes.
Jacob qui s’est toujours sorti d’affaire. Jacob à peur ! Il ne perd pas ses moyens, il déploie toutes les ressources de son habilité pour essayer d’apaiser la colère de son frère en se faisant précéder de plusieurs troupeaux offerts en cadeau. Il prévoit même le pire en séparant les gens qui étaient avec lui en deux groupes, pour qu’au moins, si l’un d’eux était attaqué par Esaü, l’autre puisse échapper.
Malgré tout ce dispositif, Jacob a très peur. Il tellement peur… qu’il prie !
C’est, en fait, la première vraie prière de Jacob qui nous est rapportée dans le récit. Une très belle prière, d’ailleurs. On ne sait trop s’il faut apprécier sa spiritualité ou son sens de la négociation. Jacob ne s’adresse pas à Dieu sans exprimer d’abord très humblement sa reconnaissance pour tous les biens accordés par Dieu : « Seigneur, Dieu d’Abraham, mon père, Dieu d’Isaac mon père, toi qui m’as dit retourne dans ton pays au lieu de tes origines, et je te ferai du bien, je suis trop petit pour toute la fidélité et la bonté que tu as montrées envers moi, ton serviteur. J’ai passé ce Jourdain avec mon bâton et maintenant je forme deux troupes. »
C’est ensuite que Jacob énonce sa requête et son inquiétude : « délivre moi je te prie de la main de mon frère, de la main d’Esaü, car je crains qu’il ne vienne me frapper, tuant la mère et les enfants. » En employant le singulier : la mère, alors qu’il y en a quatre, Jacob joue manifestement sur la corde sensible et il termine en rappelant à Dieu la promesse ancestrale : « Et toi tu m’as dit : je te ferai du bien et je rendrai ta descendance comme le sable de la mer qui est innombrable. »
Belle prière, jaillie de la peur et de l’angoisse. Fallait-il que Jacob soit réduit à une telle extrémité pour que jaillisse de ses lèvres et de son cœur une telle prière ? Et pour que Dieu lui ménage un face à face, on devrait même dire, un corps à corps aussi extraordinaire ?
Nous en avons constamment la confirmation dans notre propre vie et la vie de nos semblables. Dernier exemple en date abondamment médiatisé, celui d’Ingrid Bettancourt qui a donné l’occasion de rappeler combien d’otages ces dernières années, dans leur détresse se sont tournés vers Dieu, ont trouvé dans la lecture de la Bible, dans la prière, non seulement la force de tenir dans l’enfer qu’ils ont traversé, mais aussi de connaître une profondeur spirituelle qu’ils n’auraient jamais connue au cours d’une expérience paisible.
Dieu nous prendrait-il en traître, attendant que nous ayons épuisé nos dernières ressources, tiré nos dernières cartouches, pour pouvoir nous surprendre et nous inciter à croire en Lui ?
Dieu abuserait-il de notre vulnérabilité ? La foi, un recours pour les faibles ? Inutile pour ceux qui ont le courage et la force de prendre en main eux-même leur destin, quel qu’il soit ?
Quand donc sommes-nous authentiques ? Lorsque tout va bien, lorsque nous menons une existence insouciante et égoïste nous imaginant maîtres de nos biens, de nous-mêmes, de notre vie ? Ou lorsque l’épreuve nous révèle notre fragilité, la brièveté de notre vie et le caractère tellement futile de tant de nos occupations et de nos préoccupations ?
Si Dieu, si souvent, attend de nous voir réduits à de telles extrémités pour nous ménager des expériences spirituelles aussi fortes, n’est-ce pas précisément parce que le reste du temps nous vivons dans le confort illusoire d’une existence artificielle ?
Le savoir peut, d’une part, nous réconforter dans les situations de détresse, de peur, d’angoisse comme celle qu’à connue Jacob. Nous sommes peut-être bien prêts d’une rencontre marquante avec Dieu. D’autre part doit stimuler notre vigilance dans les situations favorables. Ce n’est quand même pas une fatalité que le bonheur, la santé, la prospérité, la paix nous éloignent de Dieu. Ne nous laissons pas séduire, endormir par les biens passagers, recherchons les biens durables, soyons toujours conscients de notre dépendance de Dieu, recherchons sa présence, la rencontre avec Dieu.
III
Dieu a rencontré Jacob, mais quelle étrange rencontre ! Au lieu de lui adresser des paroles réconfortantes, de lui dire que sa prière avait été entendue, que tout allait bien se passer le lendemain, qu’il pouvait calmer sa peur et son angoisse, au lieu de bonnes paroles paisibles, au lieu même d’un geste rassurant, d’une vision rassurante comme celle de l’échelle dressée vers le ciel et sur laquelle descendaient et montaient les anges, c’est une âpre lutte dans la nuit avec un inconnu. Une lutte qui n’en finit pas parce que les adversaires sont de force égale. Aucun ne parvient à vaincre l’autre. Seule l’aurore qui va poindre met fin à ce combat qui ne peut se dérouler que de nuit entre des adversaires qui ne se voient pas, qui ne se parlent pas, sinon à l’issue de la lutte, où Jacob qui a reçu un mauvais coup est déclaré vainqueur. Par arrêt de l’arbitre ? Mais il n’y a pas d’autre arbitre dans le combat que le mystérieux adversaire de Jacob, et Jacob obtient ce qu’il demandait, ce qui le poussait irrésistiblement à poursuivre le combat, même au-delà de la limite : la bénédiction de son adversaire.
Il est très peu probable que Dieu nous ménage une telle rencontre. Elle est unique dans toute la Bible et peut-être bien, unique dans toute l’histoire de l’humanité. Nous ne devons pas non plus oublier que ce combat singulier, d’un homme avec un ange – c’est ainsi que le prophète Osée l’identifie (12.5) – se livre à une période très ancienne de la révélation, non seulement avant la venue de Jésus-Christ, mais avant le don de la loi, dans cet ancien testament de l’Ancien Testament qu’est l’époque des patriarches où l’on voit Dieu s’arrêter devant la tente d’Abraham pour bénéficier de son hospitalité et s’entretenir ensuite avec lui de la destruction prochaine de la ville de Sodome.
Dieu, par la suite, a employé d’autres moyens pour se faire connaître aux humains. Et surtout il a envoyé son propre fils, qui n’est pas venu comme un mystérieux lutteur dans la nuit, qui s’enfuit au petit matin sans dire son nom, laissant, pour tout souvenir de la rencontre, une luxation de la hanche et une bénédiction. Il a vécu au grand jour, enseignant les foules, guérissant les malades. Il a donné sa vie pour notre salut, livrant le plus grand combat qui ait été mené, dans la nuit de Getsémané, dans la nuit de la croix. Un combat qu’il a mené jusqu’à la victoire, une victoire bien plus éclatante que celle de Jacob et qui assure la bénédiction présente et éternelle de Dieu, le pardon et la vie éternelle pour tous ceux qui croient en lui.
Nous voici bien plus heureux et rassurés que Jacob après son étrange empoignade nocturne, c’est le visage de Dieu lui-même que nous contemplons sur le visage de Jésus qui nous est dépeint dans les Evangiles.
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Bien plus heureux que Jacob, nous qui connaissons le Christ. Et pourtant du fond des âges le patriarche dans son combat héroïque avec l’ange nous adresse encore un message, celui de la persévérance, de l’ardeur à rechercher la bénédiction divine : « je ne te laisserai pas partir sans que tu ne m’aies béni »
Le message aussi d’une spiritualité humble, brisée. L’homme qui est déclaré vainqueur, l’homme qui a obtenu la bénédiction, l’homme qui a vu Dieu face à ace, l’homme dont le nom même chante désormais la victoire et la proclame dans tous les âges, Israël. Cet homme est un homme qui boîte parce qu’il a été touché, blessé, par celui-là même qui l’a béni.
Notre quête spirituelle est-elle celle de l’épanouissement personnel ou est-elle vraiment la recherche de Dieu ?
Professeur Emile NICOLE
Dimanche 19/10/2008
 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux