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Messages du Culte
1 Pierre 2.11-17


Christopher Hitchens est un journaliste d'origine britannique, récemment naturalisé américain, qui est célèbre dans ces deux pays en tant que porte-parole d'un athéisme militant et virulent.

Il y a quelques années, lors d'un entretien où il évoquait son frère devenu croyant, Hitchens affirmait ceci :
« Je ne supporte pas ceux qui croient en Dieu, qui font appel à une divinité ou sont des personnes de foi ».
Ca a le mérite d'être clair.

Aujourd'hui, qqs années plus tard, Hitchens est atteint d'un cancer.
Or son médecin est un célèbre généticien chrétien appelé Francis Collins et qui a écrit plusieurs ouvrages sur le rapport entre science et foi.
Collins a proposé à Hitchens de suivre une nouvelle thérapie génique qui est actuellement en phase expérimentale.

Entre les deux hommes, une amitié s'est installée, Et Hitchens a pu dire récemment qu'il avait avec Collins une relation amicale « merveilleuse».

Aux dernières nouvelles, ses convictions athées n'avaient pas changé. Mais je doute qu'il continue à affirmer qu'il « ne supporte pas ceux qui croient en Dieu ».

Et qui sait ce qu'il adviendra de cette amitié surprenante.

Je vous invite maintenant à lire dans la première lettre de Pierre, Le chapitre 2, les v 11 et 12.

Jusqu'ici, l'apôtre Pierre, écrivant à des chrétiens d'origine païenne en Turquie, a décrit la vocation de ces chrétiens.
Eux qui étaient autrefois des gens « sans Dieu » sont devenus des adorateurs de Dieu.
Ils font désormais partie de son peuple.
Et le fondement de leur vie, l'ADN de leur vie, c'est la bonne nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de Dieu venu vivre, mourir et ressusciter parmi les hommes pour les réconcilier avec Dieu.

Tout le reste est désormais secondaire. Nous sommes, si nous avons confié notre vie à Christ, des personnes profondément renouvelées, et même radicalement changées.
Nous sommes désormais ceux qui ont pour vocation de montrer au monde que Dieu existe et qu'il souhaite se réconcilier avec les hommes.

Ayant établi quelle est notre vocation, Pierre va maintenant aborder une autre question qui sera le fil conducteur de ce message :
Comment ces hommes et ces femmes qui ont été sauvés par Jésus Christ doivent-ils vivre au quotidien ?

J'examinerai sa réponse brièvement, en deux impératifs qui paraphrasent le texte :
1/ Renoncez aux distractions néfastes
2/ Soyez connus pour le bien que vous faites

1/ Renoncez aux distractions néfastes


En moyenne, paraît-il, un français regarde la télévision 3h32 par jour.

Je ne crois pas qu'il y ait des statistiques concernant l'assiduité des français dans la prière et la lecture de la Bible, mais imaginons que ce soit le cas, sur toute la population française... on aboutirait peut-être à... 45 secondes par jour ? 1 minute ?

N'ayez pas peur, je ne vais pas me lancer dans un discours moralisateur concernant nos vies de prière. Et sans doute est-il trompeur de comparer deux choses difficilement comparables, les médias d'une part, la vie spirituelle de l'autre.

Mais dans la mesure où Dieu nous a créés de façon où nous intégrons en grande quantité ce que nous entendons et voyons au quotidien, il y a de quoi s'inquiéter.

Quelle est notre réelle priorité ? A quoi est-ce que nous accordons notre attention ? Est-ce que c'est avant tout à la volonté de Dieu pour nos vies, à la bonne nouvelle,  A sa Parole, Ou est-ce que nous l'accordons avant tout à toutes les idoles que notre monde véhicule chaque jour, parfois pour les dénoncer mais souvent pour les approuver  : Obsession de l'argent - frénésie de la consommation - immoralité sexuelle - violence - cynisme ?

Nous allons voir que Pierre ne nous dit pas de fermer les yeux et de faire comme si tout ça n'existait pas - au contraire !

Mais il nous appelle à nous abstenir des désirs de la chair qui font la guerre à l'âme , v 11.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire, lorsqu'on entend l'expression « désirs de la chairs », dans notre contexte, on est influencé par tout un bagage culturel qui voit dans « la chair » tout ce qui concerne le plaisir et la sensualité.

Si on demandait à quelqu'un, dans la rue, ce que sont les « désirs de la chair », je pense que 9 personnes sur 10 au moins nous diraient qu'il s'agit du désir sexuel ou éventuellement d'autres plaisirs de type physique.

Mais quand le NT parle de « la chair », c'est très rarement dans ce sens.
« La chair », dans la pensée biblique, c'est simplement l'homme livré à lui-même, sans l'intervention de Dieu.

Les désirs de la chair sont donc tous les désirs de l'homme sans Dieu.
Et on a confirmation de cela quand on voit que Pierre utilise exactement le même mot, « chair », au ch 1 v 24. La Nouvelle Bible Segond traduit « tout être qui vit est comme l'herbe », mais le texte grec dit « toute chair est comme l'herbe ».
Le sens de chair, ici, renvoie clairement à l'homme livré à ses propres ressources.

Pierre n'est donc pas en train de dire qu'il faut vivre une vie ascétique, détachée de toute forme de plaisir ou de joie!

Non, ce que Pierre dit, c'est que nous devons nous détourner de tous les désirs qui sont associés à une vie sans Dieu, et qui appartiennent donc à un monde qui nous est maintenant étranger.

V 11 : « Bien-aimés, je vous encourage, comme des exilés et des étrangers, à vous abstenir des désirs de la chair qui font la guerre à l'âme. »

Les exilés, les étrangers, sont des personnes qui habitent dans un pays qui n'est pas le leur,
Qui en règle générale respectent ce pays, apprécient ses citoyens, mais qui gardent une identité autre et qui savent que leur identité première est ailleurs.

Ce que Pierre sous-entend, c'est que maintenant que notre identité est en Christ, nous sommes par définition étrangers à ceux qui ne le connaissent pas.
Nous allons voir que cela n'implique pas une attitude froide ou hostile, bien au contraire.

Mais par contre, cela implique qu'on renonce à ce qui n'est pas compatible avec la vie en Christ.
Ces désirs de la chair font la guerre à l'âme,  ils sont en porte-à-faux avec notre appartenance à Christ et nous incitent à vivre d'une façon qui n'est pas cohérente avec notre vocation, qui est d'aimer et d'adorer Dieu.

Notons bien que Pierre ne dit pas : « abstenez-vous des pratiques mauvaises »,  même si c'est bien sûr vrai par extension.
Il écrit : « abstenez-vous des désirs mauvais ».
De fait, si nous ne désirons pas quelque chose, ce sera beaucoup plus facile de s'en abstenir.

Un oncle me disait récemment qu'il avait beaucoup de mal avec les longs vols en avion parce qu'il fume et que c'est très difficile pour lui de s'en abstenir pendant 8,10, 12 heures.

J'avoue que cela ne m'était même pas venu à l'esprit, et je comprends mieux maintenant pourquoi les hôtesses disent toujours qu'il est interdit de fumer dans les toilettes des avions!
Je n'y avais pas pensé parce qu'une cigarette, pour moi, n'est pas un objet de désir. Et donc, ça ne me manque pas.

Le combat décisif contre le péché se joue dans la volonté.
Dieu veut nous aider à désirer de plus en plus ce qu'il aime et approuve Et à désirer de moins en moins ce qui nous éloigne de lui.

Si dans notre vie il y a quelque chose qui nous éloigne de Dieu, qui n'est pas cohérent avec Sa Parole et notre identité en Christ, demandons d'abord à Dieu d'agir dans notre volonté pour que nous renoncions au désir de cette chose. Et par la lecture de la Parole et la prière, apprenons à regarder cette « idole » avec le regard de Dieu, comme quelque chose de futile, de mauvais, qui ne fait que nous éloigner de ce qui est infiniment meilleur.

Encore une fois, Pierre ne nous invite pas à un retrait du monde ou à l'ascétisme. On va le voir dès le v 12. Mais il veut que nous soyons bien au clair  sur le fait que nous sommes étrangers et exilés dans ce monde, et que cela implique des désirs radicalement différents, qui se traduiront, avec l'aide de Dieu, par des façons de vivre différentes également.

Cela m'amène au deuxième point :

2/ Soyez connus pour le bien que vous faites

Pierre va donner à ses lecteurs une « feuille de route » pour vivre en exilés dans un monde qui ne connaît pas Dieu.

Quelle doit être la préoccupation première des chrétiens ?
Celle d'avoir une belle conduite parmi les gens des nations.

V 12 « Ayez une belle conduite parmi les gens des nations pour que, sur le point même où ils vous accusent de faire le mal, Ils voient vos belles œuvres et glorifient Dieu au jour de son intervention. »

Plusieurs aspects de ce verset suscitent la réflexion.
Premièrement, Pierre s'attend à ce que les chrétiens soient calomniés et accusés de faire le mal.

On pense parfois que la réaction du monde face aux chrétiens sera forcément de nous considérer comme étant de doux rêveurs, gentillets, ou bien juste vieux jeu, coincés, ultra-traditionnels, etc.

Il est vrai que certaines personnes ont cette image. Mais c'est plutôt mauvais signe pour notre vie spirituelle quand les gens pensent de nous avant tout qu'on est vieux jeu ou traditionnels. Parce que la foi de Jésus est des apôtres n'a rien de vieux jeu ni de « traditionnel ». L'apôtre Paul écrit qu'elle est un « scandale pour les Juifs et une folie pour les Grecs ». Pour beaucoup de contemporains de Pierre, la foi chrétienne était un enseignement détestable, parce qu'il exigeait qu'on renonce à tous les dieux qui étaient à la mode à cette époque-là !
Les chrétiens disaient aussi que le véritable Seigneur n'était pas l'Empereur mais Jésus-Christ.
Leur foi les poussait à refuser certaines pratiques extrêmement courantes à l'époque, comme les sacrifices de viandes aux idoles, ou le commerce des idoles, qui étaient des réalités économiques majeures à l'époque.

Par ailleurs, la foi chrétienne affirmait qu'en Jésus-Christ, il n'y avait plus « ni Juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme », ce qui remettait en question toute la structure de la société de l'époque.

Pierre s'attend à ce qu'on accuse les chrétiens de faire le mal.
Et face à ces accusations, qu'est-ce qu'il appelle les chrétiens à faire ? Le bien.

On peut trouver ça un peu étrange. Comment est-ce que des non-croyants qui accusent les chrétiens de faire le mal peuvent-ils être touchés par leurs belles œuvres ?

Deux éléments de réponse. Premièrement, il arrive que les chrétiens soient accusés de choses qui sont tout simplement fausses. On ne compte plus les amalgames faits dans des reportages, par exemple, en certains groupes extrêmes, à la marge du Christianisme, et les chrétiens évangéliques en général.

Plus gravement, à peu près à l'époque où Pierre a écrit cette lettre, on accusait les chrétiens de sacrifier des enfants. C'était une pure invention, mais ça a conduit à des persécutions.

En juillet 64, l'empereur Néron,  pour couper court aux rumeurs selon lesquelles il avait mis le feu à Rome lui-même, a accusé les chrétiens.  200 d'entre eux ont été exécutés. Dans certains cas, donc,
il va s'agir pour nous de montrer à nos contemporains que certaines choses qu'ils croient à notre propos sont complètement fausses.

Mais il arrive aussi que les non-croyants nous accusent de dire ou de faire le mal parce que ce que nous faisons ou disons apparaît effectivement mauvais à leurs yeux.

Et dans certains cas,  on constate un fossé entre ce que chrétiens et non-chrétiens considèrent comme bon et mauvais.

Par exemple, nous affirmons que Jésus-Christ, et lui seul, est le chemin, la vérité et la vie, et que le salut se trouve en lui seul. Pour nous, c'est une question de vie ou de mort spirituelle pour chaque être humain.
Pour beaucoup de nos contemporains, il y a là une attitude mauvaise, intolérante, hostile aux convictions des autres.

Et je crois que de plus en plus, dans une société qui rejette de plus en plus la morale biblique, on nous accusera non pas seulement d'être coincés, mais de dire et de faire le mal.
Parce que le fait de croire ou non en un Dieu créateur, qui adresse à l'homme une vocation, qui nous a créés pour quelque chose, aboutit à un fondement moral radicalement différent.

Alors comment se conduire lorsqu'il existe un tel gouffre, sur certains points, entre nos valeurs et celles de nos contemporains ?

Premièrement, nous dit Pierre, en respectant et en honorant tous nos contemporains. Ca ne veut pas dire être d'accord avec eux, mais cela veut dire respecter leur personne, en voyant en eux des hommes et des femmes qui ont tout autant que nous été créés par Dieu. En nous rappelant que nous ne méritons pas la faveur de Dieu plus qu'eux.

Si nous sommes respectueux, si nous avons de l'intérêt et de la considération pour ceux qui nous entourent, non seulement nous aurons fait ce qui plaît à Dieu, en suivant l'exemple de Jésus, mais nos contemporains se rendront également compte qu'ils ne peuvent plus nous mettre dans une catégorie « fondamentalistes intolérants », « dévôt coincé », « illuminé », etc.

Si par exemple nous avons un voisin qui affirme détester toute religion, qui considère comme une imbécillité la foi chrétienne, ou qui pense que nous sommes des intégristes intolérants ; Et bien demandons-lui comment il va ! Invitons-le à manger à la maison. Prêtons-lui notre escabeau. Plus encore, intéressons-nous à son travail, à sa famille, à ce qui est important pour lui. C'est un homme créé par Dieu. C'est aussi un pécheur comme nous. Et nous ne sommes pas meilleurs que lui.

Rien de tout cela ne nous amènera à désobéir à Dieu, au contraire. Et Pierre nous dit qu'en voyant ces belles œuvres, certains de nos contemporains glorifieront Dieu un jour,
Au jour de son intervention. Je reviendrai sur cette expression dans un instant.

Il y a beaucoup de choses que beaucoup de nos contemporains non-croyants considèrent comme bonnes à juste titre : l'hospitalité. L'amour. L'entraide. L'aide aux démunis. La gentillesse envers les enfants. Etc. Et bien si nous nous passionnons pour ces œuvres-là, si nos contemporains constatent que nous faisons beaucoup de choses bonnes, ils commenceront peut-être à voir sous un jour nouveau ces autres choses qu'ils considéraient jusque-là comme mauvaises.

Peut-être qu'ils verront peu à peu l'œuvre de Jésus dans nos vies et commenceront à comprendre pourquoi nous affirmons  qu'Il est le seul par qui Dieu peut être connu.

Peut-être qu'ils verront combien l'engagement et la promesse sont au cœur de notre vision du couple humain et qu'ils commenceront à comprendre pourquoi nous insistons sur cet engagement et refusons la sexualité à la convenance de chacun et en libre-service.

Peut-être qu'ils verront à quelle point nous avons une haute vision de la vie que Dieu nous offre et commenceront à comprendre nos convictions sur la question de l'avortement par exemple.


« Ayez une belle conduite parmi les gens des nations, pour que, sur le point même où ils vous accusent de faire le mal, ils voient vos belles œuvres et glorifient Dieu au jour de son intervention. »

Un mot sur cette dernière expression.
Certains commentateurs pensent que Pierre parle de l'intervention de Dieu dans la vie de chacun.
Il voudrait dire en fait « qu'ils glorifient Dieu au jour où ils se convertiront ».
Mais l'expression utilisée dans le texte originale laisse plutôt penser que Pierre parle ici de ce que toute la Bible appelle le Jour de l'Eternel ; le jour où Dieu interviendra, lors du retour de Jésus-Christ, pour mettre fin au monde présent et inaugurer le monde nouveau.

Pierre émet ici le souhait que parmi ceux qui s'opposent encore au Christianisme, plusieurs puissent un jour être de ceux qui glorifient Dieu au jour de sa venue triomphale. Cela implique bien sûr leur conversion auparavant. Mais Pierre semble ici se projeter vers le retour du Seigneur et rappeler cette perspective à ses lecteurs pour les encourager dans leur témoignage.

Pour Pierre, donc, il n'y a pas de contradiction. Oui, nous sommes appelés à être un peuple saint,
Consacré à Dieu, et en ce sens mis à part pour lui. Cela implique de renoncer à une foule de mauvais désirs que le monde hostile à Dieu communique quotidiennement.

Mais en tenant ferme dans cette consécration à Dieu, nous sommes appelés à être auprès de nos contemporains des personnes respectueuses, attentionnées, aimantes, qui ne se considèrent pas supérieures mais se savent au contrairement totalement dépendantes de la grâce de Dieu.

Et si nous nous faisions connaître auprès de nos collègues, nos voisins, etc, Comme ces gens qui sont toujours prêts à faire le bien autour d'eux.

Peut-être que nous parviendrons à leur faire voir, peu à peu, que c'est Jésus-Christ qui agit en nous,
Et qu'il existe une autre vie à laquelle ils sont appelés eux aussi.

Il est certain que dans certains cas, nous aurons beau faire le bien, nous continuerons à susciter soit l'indifférence, soit l'hostilité. Nous en reparlerons dans les prochains messages.

Mais ne nous lassons pas de faire le bien pour autant, parce que c'est à cela que nous sommes appelés, et prions que certains soient amenés à changer d'avis à notre propos et surtout, un jour, à changer d'avis à propos de Dieu.

Amen.
Pasteur Matthieu SANDERS
 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux