Accueil Messages du Culte Culte du dimanche 16 octobre 2011 - Jean 9 v. 35 à 41
Culte du dimanche 16 octobre 2011 - Jean 9 v. 35 à 41 PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte
Jean 9.35-41

Les derniers versets de ce chapitre forment une conclusion au récit de la guérison d’un aveugle de naissance et de ses suites. Comme cette guérison a eu lieu un jour de sabbat elle suscite la polémique parmi les pharisiens, certains disent : « cet homme n’est pas de Dieu car il n’observe pas le sabbat », d’autres disent : « comment un pécheur pourrait-il opérer un tel miracle ? » Ils veulent d’abord vérifier si le miracle a bien eu lieu. Les parents confirment : oui c’est bien leur fils, oui il était bien aveugle depuis sa naissance, mais ce qui lui est arrivé, comment se fait-il qu’il voie maintenant, ils disent qu’ils n’en savent rien. Ils ne veulent pas avoir d’ennuis. Ne pouvant nier le miracle, les adversaires de Jésus voudraient au moins que le miraculé admette que Jésus est un pécheur : « Donne gloire à Dieu. Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Mais avec son simple bon sens, il leur tient tête et ceux-ci, ne pouvant rien obtenir de lui, finissent par le chasser. La parole de Jésus donne la moralité de l’histoire : ceux qui ne voent pas, voient et ceux qui voient deviennent aveugles. Non seulement l’aveugle a été guéri, mais dans ses échanges avec les pharisiens, il témoigne d’une lucidité qui contraste avec l’obstination, l’aveuglement des adversaires de Jésus qui ne veulent pas reconnaître en lui un envoyé de Dieu.

Pour ce matin, je vous propose de méditer pour nous-mêmes ce contraste, ce qu’il a pour nous de merveilleusement encourageant (ceux qui ne voient pas voient), sans négliger l’avertissement qu’il comporte (ceux qui voient deviennent aveugles) et de nous pencher aussi sur l’échange avec les pharisiens qui complique encore un peu les choses : si vous étiez aveugles vous n’auriez pas de péché, mais maintenant vous dites : nous voyons, c’est pourquoi votre péché demeure.

Les aveugles voient. Cette déclaration convient à la fois aux guérisons physiques opérées par Jésus et à la lumière spirituelle qu’il apporte. Les deux ne peuvent pas être dissociés. Juste avant d’accomplir les gestes du miracle, de cracher par terre, de faire de la boue et de l’appliquer sur les yeux de l’aveugle, Jésus a déclaré : je suis la lumière du monde. Les miracles de Jésus, comme l’apôtre Jean aime le souligner, étaient des signes, ils avaient un sens symbolique. Pensons aux différents miracles de guérison accomplis par Jésus : il a redonné la vue à des aveugles, il fait entendre des sourds, marcher des paralysés, purifie des lépreux. Tous ces miracles illustrent l’œuvre spirituelle qu’il accomplit dans la vie de celui qui le rencontre, qui croit en lui. Il nous rend capables d’entendre la parole de Dieu, de la recevoir, alors que le péché nous rend sourds à la voix de Dieu. Il nous permet de voir alors que nous sommes aveugles sur nous-mêmes, sur notre culpabilité devant Dieu. Il redonne à des membres paralysés la capacité de se mouvoir, d’agir pour faire le bien. Il nous purifie du péché qui nous souille, qui nous pourrit la vie, en nous donnant d’abord le pardon qui nous libère du poids de notre culpabilité et ensuite en renouvelant notre être intérieur par son Esprit pour nous rendre capables de vaincre le péché, de ne plus être dominés par lui, asservis par lui.

Les deux aspects, le physique et le spirituel, sont donc étroitement associés dans l’œuvre de grâce accomplie par Jésus. Il en était bien ainsi lors de son activité terrestre et il n’y a pas lieu de douter qu’il en soit de même aujourd’hui. Nous avons la liberté de demander à Dieu la guérison, son action dans les aspects concrets de notre vie, les relations familiales, le travail, le logement.

Les deux sont liés, mais ils ne sont pas d’égale importance aux yeux de Dieu. Jésus reprochait à ses auditeurs de le suivre parce qu’il les avait nourris miraculeusement et il leur dit : travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste. Et dans ce chapitre, Jean s’attarde bien plus sur la guérison spirituelle de cet aveugle que sur sa guérison physique. Le cheminement qui s’opère en lui lorsqu’il se voit confronté à l’aveuglement, la mauvaise foi des pharisiens qui voudraient lui faire admettre que Jésus est un pécheur, un cheminement qui aboutit à la reconnaissance de Jésus comme l’envoyé de Dieu, lorsque Jésus le rencontre une nouvelle fois. Il confesse sa foi : « Je crois Seigneur » et il se prosterne devant lui.

C’est ce parcours spirituel qui importe le plus pour Dieu. En sommes-nous bien conscients ? En tirons-nous les conséquences ? Est-ce aussi ce que nous recherchons ? Ce qui nous préoccupe ? Ce que nous demandons dans nos prières ? Pour nous-mêmes et pour ceux portons dans nos prières ? Assurément, il vaudrait mieux pour nous que nous soyons aveugles physiquement, mais que nous ayons la lucidité spirituelle, plutôt que le contraire.

Donc, sans cesser de nous attendre à Dieu pour les aspects physiques de notre existence, laissons-nous orienter vers les biens spirituels qui sont autrement plus désirables et profitables à nous-mêmes, à notre entourage, à l’Église, à la communauté arménienne, à la société dans laquelle nous vivons. Des chrétiens qui voient, qui écoutent, qui parlent, qui agissent, des chrétiens purifiés par l’action sanctifiante de l’Esprit, n’est-ce pas ce que nous pouvons apporter de mieux dans ce monde où la dévaluation ne touche pas seulement aux valeurs bancaires mais aussi aux valeurs morales et humaines.

Voilà le côté positif de la parole de Jésus : il est venu dans le monde et il continue d’agir dans le monde pour que ceux qui ne voient pas voient. Recevons ce côté positif avec toute la joie, la reconnaissance qu’il mérite. Et si, comme l’aveugle du récit lorsque Jésus le rencontre pour la seconde fois, l’un ou l’autre d’entre nous ce matin n’a pas encore déclaré sa foi en Jésus, n’a pas encore été éclairé par sa lumière. C’est une bonne nouvelle qui est ici annoncée, Jésus est venu pour que ceux qui ne voient pas voient. Ne restez pas dans le noir, dans la pénombre, venez simplement à Jésus qui est la lumière : Je crois Seigneur.

Il nous faut maintenant passer au versant négatif de la parole de Jésus. Il est d’ailleurs annoncé dès le début : Je suis venu, dit-il, pour un jugement. L’action de Jésus dans le monde n’a pas seulement pour effet d’apporter de l’aide, de soulager des misères, de lever des handicaps, cela c’est le Jésus que l’on aime, le Jésus qui fait l’unanimité, même au-delà des chrétiens. L’action de Jésus si pleine d’amour, de compassion pour les blessés de la vie, comme cet aveugle de naissance, est aussi une action qui tranche. Ceux qui ne voient pas voient, mais ceux qui voient deviennent aveugles.

La symétrie ici n’est pas totale. Jésus n’a pas accompli contre les pharisiens un miracle semblable à celui qu’il a accompli en faveur l’aveugle. Il ne les a pas rendus aveugles pour les punir. D’ailleurs Jésus n’a jamais accompli de miracle contre des personnes. Certains hommes de Dieu en ont accomplis dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament. Les soldats qui voulaient arrêter le prophète Elisée ont été frappés de cécité, même si ce n’est que momentanément, et ceci en réponse à la prière du prophète. Il a demandé à Dieu : Frappe cette troupe de cécité. Et dans le Nouveau Testament, Paul a maudit le magicien Élymas qui s’opposait à sa prédication, lui annonçant qu’il allait devenir aveugle. Ces serviteurs de Dieu n’étaient certainement pas dans leur tort en demandant et en obtenant ces miracles contre ces personnes.

Mais Jésus, lui, pour éviter toute méprise, n’a jamais accompli le moindre miracle contre une personne, son seul miracle de malédiction s’est porté sur un arbre, sur un figuier. Donc la symétrie n’est pas totale. Jésus n’a pas rendu les pharisiens physiquement aveugles, et même spirituellement, ce n’est pas Jésus qui les a rendus aveugles, c’est leur entêtement, leur obstination, face à Jésus qui a rendu de plus en plus évident leur aveuglement. Ces gens qui pouvaient paraître comme des gens religieux, honnêtes – c’est d’ailleurs bien ainsi qu’ils étaient considérés dans la société – la venue de Jésus, l’action de Jésus, l’enseignement de Jésus, les a fait apparaître comme aveugles, parce qu’ils n’ont pas voulu le reconnaître comme l’envoyé de Dieu. Ils étaient à la fois jaloux de leur pouvoir sur le peuple et bloqués par leur compréhension mesquine de la loi. Les miracles accomplis par Jésus les plaçaient dans une situation très inconfortable pour eux et la conversation qu’ils ont avec l’aveugle guéri, fait bien ressortir leur aveuglement.

En quoi cela nous concerne-t-il ? Cela nous concerne à double titre.

D’abord la lumière qu’apporte le Christ, frappe aussi de cécité tous les systèmes philosophiques ou religieux qui ne le reconnaissent pas comme le sauveur. Cela vaut pour le judaïsme qui ne reconnaît pas Jésus comme le messie, cela vaut pour l’islam qui le vénère comme un prophète, mais ne reconnaît pas en lui le Fils de Dieu, le seul sauveur. Le message de Jésus est un message qui tranche. Jésus n’est pas venu dans le monde seulement pour faire un peu de bien et cela détermine aussi notre responsabilité : faire du bien, certes, témoigner de l’amour de Dieu envers tous, assurément, mais nous avons un message qui tranche : Jésus est le chemin, la vérité et la vie.

D’autre part, nous qui avons été éclairés par la Parole de Dieu et le Saint-Esprit, qui reconnaissons en Jésus le sauveur et notre Seigneur, nous qui voyons, nous devons toujours bien prendre garde au fait que cette lucidité, cette lumière nous vient de Jésus, nous vient de la Parole et de l’Esprit et que nous devons veiller à nous laisser éclairer et corriger par cette lumière. Nos pensées, nos idées, nos sentiments : c’est comme cela que je le sens, je n’aime pas ça, je ne supporte pas ça, je ne peux pas comprendre cela, moi je suis comme cela, etc., ne sont pas toujours en conformité avec la pensée de Dieu. Nous risquons bien de nous laisser aveugler par nos impressions spontanées ou nos raisonnements, si nous oublions que la lumière ne peut venir que de celui qui a dit je suis venu pour que ceux qui ne voient pas voient. Laissons-nous toujours, et toujours davantage, toujours plus profondément, éclairer par la lumière de Jésus.

Mais cette déclaration de Jésus que nous venons de méditer, avec son contraste, ceux qui ne voient pas voient et ceux qui voient deviennent aveugles, suscite une réaction de la part de certains pharisiens. Ils ont bien senti que cette parole ne leur était pas favorable, qu’ils risquaient bien d’être ces gens qui voient ou prétendent voir et se retrouvent aveugles. D’ailleurs la parole de Jésus semble bien indiquer que tous sont aveugles, soit, comme condition initiale, ce sont ceux qui ne voient pas qui peuvent ensuite espérer voir, soit comme conséquence puisque ceux qui prétendent voir deviennent aveugles. Donc ils posent la question : est-ce que nous aussi nous sommes aveugles ? Est-ce que cette cécité générale à laquelle tu sembles réduire toute l’humanité, nous concerne aussi ? nous qui pourtant sommes les plus respectés ?

La réponse de Jésus est déconcertante. Il aurait pu leur répondre : oui vous êtes aveugles. Malgré les miracles que j’accomplis, vous refusez l’évidence, vous ne voyez pas que je suis le Messie. Vous croyez voir, mais vous êtes aveugles. La réponse de Jésus est décalée par rapport à la question. Les pharisiens lui demandent est-ce que vraiment tu penses que nous sommes aveugles ? Jésus leur répond : c’est bien plus grave que cela. Si vous étiez aveugles, c’est à dire si vous n’étiez pas conscients de ce que vous faites en me rejetant, vous ne seriez pas aussi coupables. Mais vous dites « nous voyons », vous refusez d’admettre que vous vous égarez, et vous le refusez consciemment, à cause de cela votre faute demeure. Cette réponse de Jésus renforce donc encore l’avertissement que constitue le versant négatif du jugement opéré par Jésus.

C’est aussi un avertissement pour nous. Car nous connaissons la pensée de Dieu, elle nous est révélée dans la Bible, elle nous est rappelée chaque dimanche par la prédication. Si nous refusons consciemment ce que Dieu nous dit, nous sommes bien plus coupables que ceux qui sont dans l’ignorance et notre faute demeure. Ne nous obstinons pas à vouloir avoir raison contre Dieu. Que ce second avertissement, plus sérieux encore, nous ramène à la première partie de la parole de Jésus : ceux qui ne voient pas, voient. Oui Seigneur, je vois si peu, je vois si mal, je me connais si mal, je connais si mal ceux qui m’entourent, le monde dans lequel je vis, je te connais si mal, viens maintenant, viens chaque jour m’éclairer par ta lumière de vérité, de sainteté et d’amour, pour que je voie, non pas pour que je m’imagine tout savoir, tout bien voir. Non, juste assez pour t’aimer davantage, juste assez pour ne pas trop me tromper sur les autres et sur moi-même. Pour que mon regard, éclairé par le tien, soit un regard de vérité et d’amour.

Pasteur Emile NICOLE
 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux