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Culte du dimanche 01 décembre 2013 - Zacharie et Élisabeth : vivre dans l'attente PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte

Premier dimanche de l’Avent
Luc 1:5-25

Zacharie et Élisabeth : vivre dans l'attente

Introduction

E

ncore trois dimanches, puis ce sera Noël. Nous sommes le premier dimanche de l’Avent, A-V-E-N-T, c’est-à-dire le temps qui précède l’avènement, la venue, du Christ.

Les enfants ne sont pas très excités aujourd’hui, mais ils le seront bientôt. Il leur semblera impossible d’attendre les deux-trois derniers jours avant Noël. Le temps finira par leur sembler long.

J’aimerais vous présenter ce matin un couple qui devait trouver le temps long, eux aussi. Ils sont dans la Bible. Le mari s’appelle Zacharie, la femme Élisabeth. Nous lirons leur histoire dans l’Évangile de Luc, au premier chapitre, les versets 5 à 25.

L’attente d’un couple exemplaire

Zacharie et Élisabeth seront les parents de Jean-Baptiste. Mais avant ? Avant, ils étaient jeunes, ils se sont mariés, ils ont voulu fonder une famille. Mais l’enfant ne venait pas. Mois après mois, année après année, toujours pas d’enfant. Élisabeth a fini par concevoir… la honte. On disait qu’elle était punie de Dieu. Les autres femmes de son âge avaient plein de bambins dans les pattes. Et à chaque fois qu’on venait lui annoncer une naissance, elle souriait de la bouche, mais jamais des yeux. Elle a dû trouver le temps long.

Et pour le mari, j’imagine que ce n’était guère mieux. Homme pieux, prêtre même, il était de son devoir d’assurer une descendance, de perpétuer la lignée. Et sa femme est stérile. Elle est donc punie de Dieu ? Ou lui-même serait puni de Dieu ? Sa famille, ses amis lui donnent de bons conseils. D’abord de prier. Puis de se purifier en jeûnant. Puis d’offrir à Dieu un sacrifice coûteux. Toujours rien. Comment faire pour assurer sa descendance ? Sans doute qu’à l’époque la polygamie ne se pratiquait plus. Mais le divorce était fréquent et facile. Voilà la solution. Voilà ce qu’on finit par lui souffler.

Vous comprenez la souffrance de Zacharie et d’Élisabeth ? Peut-être dirions-nous qu’il y avait forcément quelque chose qui clochait dans leur vie avec Dieu. Un péché. Un manque de foi. Mais la Bible dit qu’ils étaient justes aux yeux de Dieu et qu’ils observaient toutes les lois du Seigneur de façon irréprochable. Des justes qui souffrent. Des justes qui attendent. Peut-être dirions-nous que Dieu voulait leur apprendre quelque chose. Mais elle dure, la leçon, elle dure vraiment trop longtemps.

Ils étaient tous les deux justes aux yeux de Dieu. Pas de divorce, ils sont restés fidèles l’un à l’autre. Pas de relâchement dans leur pratique religieuse. Ils connaissent bien la Thora, la loi de Dieu : ils la mettent en pratique.

Les voilà « avancés en âge » comme dit la nouvelle Bible Segond. Il est âgé pour l’époque, mais Zacharie a certainement un peu moins de cinquante ans, puisqu’il officie toujours comme prêtre, et les prêtres quittaient leurs fonctions à cinquante ans. Élisabeth est stérile. C’est fini, l’espoir. C’est fini, l’attente. L’enfant ne viendra pas. La vieillesse approche. Et avec elle la solitude d’un couple sans enfants, sans petits-enfants. Il va falloir tenir, fidèlement, jusqu’au bout.

L’attente de tout un peuple

Ce que Zacharie et Élisabeth ont vécu, c’est un peu ce que tout leur peuple est en train de vivre. Depuis des siècles, le peuple attend le retour du prophète Élie. Le prophète Malachie l’avait annoncé vers 400 avant Jésus-Christ : et il n’y a toujours pas d’Élie à l’horizon. Le peuple attend encore plus la venue du roi dont Élie sera le précurseur. Un roi grand et glorieux qui viendra relever la dynastie de David, disparue depuis plus de 500 ans. Une seule promesse parlait d’un nouvel Élie. De nombreuses prophéties annonçaient un nouveau David. Et cela fait des siècles que le peuple l'attend.

Il attend avec d’autant plus d’angoisse que le pays a de nouveau perdu son indépendance. Le général Romain Pompée avait envahi la terre sainte et depuis 60 ans, c’est Rome qui fait et qui défait les rois des Juifs.

Tout un peuple aspire à la liberté. Tout un peuple aspire à la venue du vrai roi, fils de David, nouveau David.

Peut-être pas tout le peuple. Les pharisiens attendent, ils voudraient que le peuple se purifie pour que le Messie vienne enfin. Les esséniens attendent, ils pensent que le Messie sera un fils de la lumière, l’un des leurs. Mais les partisans du roi Hérode n’attendent sans doute rien. Les sadducéens se sont fait une raison, comme tous ceux qui admirent la brillante culture grecque et l’efficacité romaine. Ceux-là, ils n’attendent rien. Mais les hommes et les femmes de foi attendent.

L’attente du monde

D’une certaine manière, le monde aussi attend celui qui doit venir. Inconsciemment, sans doute. Mais les vieilles divinités de Grèce et de Rome sont en perte de vitesse. Les gens cherchent la vérité ailleurs : dans les nouvelles religions orientales, dans l’étrange religion des Juifs. Rome est au sommet de sa gloire. Mais Rome ne peut guère satisfaire les aspirations les plus profondes de l’âme humaine. Il doit y avoir autre chose.

Notre attente à nous

Et nous : qu’est-ce que nous attendons ? Qu’est-ce que nous avons attendu, si maintenant tout espoir est éteint ?

Est-ce que l’histoire de Noël peut nous aider ? Est-ce que l’histoire de Zacharie et Élisabeth peut nous aider ? Je crois que oui.

Vivre dans le présent

Dans l’attente, ils n’arrêtent pas de vivre. Le texte ne nous dirait pas qu’ils étaient justes devant Dieu s’ils avaient cessé de travailler, de prier, de méditer la Parole de Dieu, de s’ouvrir aux autres. Dans l’attente de ce bébé qui ne vient pas, ils vivent !

Et n’est-ce pas là l’enjeu pour nous ? Nous pourrions être tellement portés sur un événement futur que le présent s’en trouverait gâché. En attendant le changement de poste ou le départ du collègue impossible, en attendant les lendemains qui chantent : il faut bien s’occuper d’aujourd’hui. Et vivre aujourd’hui à la gloire de Dieu.

Zacharie et Élisabeth continuent à vivre pour Dieu alors qu’ils n’attendent plus rien. Un certain nombre d’entre nous avons dû renoncer à des espoirs longtemps chéris : l’amour d’un conjoint, la guérison d’un proche, des revenus plus importants. Il a fallu accepter de vivre dans un monde moins que parfait. Au-delà de l’espoir, Zacharie et Élisabeth restent fidèles, irréprochables. Le passé, le ce qui aurait dû être, le ce qui aurait pu être ne les paralyse pas. Ils vivent leur aujourd’hui à la gloire de Dieu.

Les surprises de Dieu

Puis, ils nous font découvrir le côté surprenant des voies de Dieu. Inattendu, impossible à prévoir ou à programmer, l’ange leur annonce la venue de l’enfant. C’est comme ces personnes qui ont été guéries après avoir renoncé à toute guérison ; comme ces enfants qui se convertissent sans que personne n’y croit plus ; comme cette proposition de travail qui change tout du jour au lendemain. Quand tout est fini, tout n’est pas fini.

Je ne suis pas en train de vous promettre la lune. Je suis simplement en train de dire qu’avec Dieu on ne peut jamais dire que les jeux sont faits. Une surprise est toujours possible. Et si c’est une surprise, c’est justement ce que nous n’attendons pas.

Dieu et un homme déçu

On relève souvent la différence entre Marie et Zacharie ici. Marie croit ce que l’ange lui dit, elle accepte d’être la servante de Dieu dans un rôle qui l’expose à la honte. Pour Zacharie, la honte va disparaître, mais il ne croit pas. Il croit qu’il a la berlue, il se méfie des manifestations étranges dans le Temple… Mais Marie est jeune. Zacharie a bientôt cinquante ans. Ses amis lui ont assuré que s’il priait il aurait un fils. Ses collègues lui ont dit que s’il offrait un bouc il aurait un fils. Un lévite au Temple lui a dit que s’il se repentait il aurait un fils. L’espoir a été relancé tant de fois. Zacharie n’en a plus.

Et là, j’apprends quelque chose. C’est qu’il y a des déceptions qui laissent des traces profondes. C’est votre cas ? Avec le temps, des fois, on en guérit. Des fois la blessure se réveille dans nos vieux jours. Des fois nous la portons jusqu’à la tombe. Mon pauvre Zacharie, je ne te juge pas. Je te comprends.

Et je comprends à travers toi que Dieu n’est pas limité par nos déceptions. La tienne ne t’a pas empêché de vivre pour Dieu de façon irréprochable. Elle n’a pas empêché Dieu d’agir dans ta vie et, à travers toi, dans la vie de ton peuple et du monde. Ton fils Jean, que nous appelons Jean-Baptiste, sera le précurseur du Messie, le nouvel Élie qui annonce la venue du Seigneur.

La plénitude du temps

Il n’y a pas seulement Élisabeth qui va devenir enceinte et qui doit attendre seulement neuf mois encore. Le temps lui-même est sur le point d’accoucher, l’histoire de l’humanité est à son terme. Depuis la création du monde on attendait celui qui, né d’une femme, écraserait la tête du serpent. Quelle attente ! Relancée par les promesses faites à Abraham, relancée par les lois de Moïse, par David et les paroles des prophètes. Et venue à son terme du temps de Zacharie et d’Élisabeth. L’apôtre Paul dit aux Galates : mais lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la loi Gal 4.4-5. Et cela, c’est l’histoire de Noël.

Conclusion

Comment gérons-nous les temps d’attente ? En négligeant le présent ? Mais non, Zacharie et Élisabeth n’ont pas fait comme cela. Ils ont vécu pour Dieu ici et maintenant.

L’intervention surprise de Dieu, le retour du roi même, c’est peut-être pour bientôt. Mais aujourd’hui, au milieu de mes déceptions et de mes attentes, je veux vivre pour Dieu et être juste à ses yeux.

Amen

Pasteur Gordon Margery
01/12/2013

 

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux