Accueil Messages du Culte Culte du dimanche 23 février 2014 : «Vous avez appris qu’il a été dit … mais moi je vous dis… »
Culte du dimanche 23 février 2014 : «Vous avez appris qu’il a été dit … mais moi je vous dis… » PDF Imprimer Envoyer
Messages du Culte

Ex. 21. 24 et 25 / Matth. 5. 38 à 48 / Rom. 12. 17 à 21

« Vous avez appris qu’il a été dit … mais moi je vous dis… »

D

ans la suite du sermon sur la montagne, Jésus déclare clairement qu’il n’est pas venu abolir la loi mais l’accomplir. Il passe en revue plusieurs commandements et surprend ses auditeurs par sa façon de les concevoir. Ainsi il assimile la colère au meurtre, la convoitise à l’adultère. Il parle du droit de divorce et de ses conséquences. Il fustige les parjures au profit d’une parole claire « Que votre parole soit oui, oui, non, non… ». Puis Jésus en vient à évoquer la fameuse loi du talion, une loi légitime et juste : « Œil pour œil, et dent pour dent ». Puis il parle d’une autre loi qui paraît aussi logique humainement : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi ». Quoi de plus normal ! Jésus va étonner ses auditeurs par son commentaire sur ces lois et semble même les remettre en cause !

Mais n’y a-t-il pas de risques à mettre en pratique les exhortations de Jésus ici ? Et d’ailleurs, est-il possible de les suivre ? Un tel comportement n’est-il pas dangereux même : « Ne pas résister au méchant… Aimer ses ennemis… » ? Ne serait-ce pas-là  une façon d’encourager le mal ? Méditons quelques instants sur ces propos.

1°) « Œil pour œil, et dent pour dent… »

Dans la législation mosaïque cette loi prescrivait au juge d’infliger au coupable une peine correspondant exactement au délit commis. Ce qui paraît juste et normal. C’est d’ailleurs sur ce modèle que fonctionnent les lois dans beaucoup de pays aujourd’hui encore. On peut dire que cette loi est une protection, un frein à la violence, à l’injustice, au mal que l’homme serait tenté de faire contre son prochain. Car quoi qu’on en dise, la crainte de la punition, de la répression amène à la réflexion et à la retenue. Sans cela, ce serait l’anarchie, le règne de la loi du plus fort ou du plus malin pour ne pas dire du plus méchant ! De plus, cette loi permet une juste réparation aux victimes de délits. Sans elle il n’y aurait pas de justice, pas de respect d’autrui et de paix sociale !

On peut remarquer que Jésus ne remet pas en cause cette loi. Il ne dit pas que désormais, elle est révolue. La loi demeure bonne même si elle a ses limites et ses imperfections. Elle a été donnée par Dieu en connaissance de cause. Dieu connaissant le cœur de l’homme et sa capacité au mal. Cette loi doit demeurer pour le bien de l’humanité et pour rendre possible le « vivre ensemble ». Jésus ne propose pas une nouvelle loi. Il se situe sur un autre plan, sur le plan personnel, sur le plan du comportement intérieur de ceux qui veulent être ses disciples. C’est à eux qu’il s’adresse en particulier, c'est-à-dire à nous qui avons choisi de vivre en conformité à sa parole.

« Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant… ». Que veut dire Jésus ici ? Il nous dit de ne pas rendre coup pour coup personnellement, de ne pas céder à l’esprit de vengeance. Le disciple du Christ se doit d’avoir un comportement différent de celui qui paraît naturel à l’homme. Il est appelé à être le sel de la terre et la lumière du monde. Il doit faire confiance en la justice humaine établie par Dieu. Il doit laisser la justice faire son œuvre. Il doit s’en remettre à elle, tout en faisant confiance à la justice de Dieu qui la dépasse et qui est la seule parfaite. Parfois même, le chrétien doit être prêt à souffrir l’injustice, lorsque la justice humaine est corrompue, et faire confiance en la juste rétribution que Dieu établira au dernier jour. C’est ce que l’apôtre Paul écrit aux chrétiens de Rome : « Ne rendez à personne le mal pour le mal… Ne vous vengez point vous-mêmes… car il est écrit : à moi la vengeance, à moi la rétribution dit le Seigneur… Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien ».  (Rom. 12. 17 et ss)

Certes, il ne s’agit pas de faire de ce précepte un principe de morale sociale pour tous, ce serait encourager le mal. Ce serait même dangereux de le faire dans la mesure où le monde dans lequel nous vivons n’est pas régi par ces lois spirituelles et n’est pas composé seulement d’hommes et de femmes obéissants à ces paroles. Il s’agit d’une exhortation destinée aux chrétiens et à l’église. C’est dans ce sens qu’il faut entendre et comprendre aussi la suite ; l’invitation à la « non-résistance » face aux procès et aux situations de contraintes personnelles. Il s’agit de ne pas entrer dans la spirale de la violence, de l’égoïsme, des querelles et des procès. Le chrétien est appelé à tout faire pour être en paix personnellement avec tous les hommes. Il ne doit jamais tenter de se faire justice lui-même, encore moins de se venger. Il doit faire confiance en Dieu pour cela.

2°) « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi ».

Ici le Seigneur prend à défaut tout d’abord les religieux de son époque. Car cette loi ne correspond pas tout à fait à celle qui avait été donnée par Dieu.  La loi du Lévitique disait seulement « tu aimeras ton prochain… » (Lévitique 19. 18). Les religieux avaient cru bon de rajouter la seconde partie à savoir : « tu haïras ton ennemi ». Pour Dieu, il n’était pas question d’ennemi à haïr. Mais pour les religieux de l’époque, « le prochain » ne pouvait être que juif. Et les étrangers ne pouvaient être que des ennemis qu’on pouvait même haïr. Jésus rectifiera ailleurs cette erreur avec la parabole du bon samaritain. Un étranger, un Samaritain par exemple, peut être bon et n’est pas obligatoirement un ennemi à haïr. Cela est vrai de nos jours aussi et nous devrions en tenir compte dans le regard que nous portons sur l’étranger aujourd’hui.

Ceci dit, nous pouvons remarquer que si Jésus en était resté à la loi du Lévitique « Tu aimeras ton prochain », cela n’aurait pas été trop compliqué pour nous. Quoi que… ! Mais Jésus va beaucoup plus loin lorsqu’il poursuit : « Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent… ». Il ne s’agit plus seulement de ne pas haïr son ennemi, mais de l’aimer et de prier pour lui ! Car haïr son ennemi, c’est agir comme lui, lui rendre coup pour coup et entrer en guerre ; c’est se placer sur le même terrain de la haine qui engendre la haine. Nous touchons là un point sensible du principe de la « non-violence ». Là aussi, il nous faut admettre que c’est un principe qui ne peut être appliqué à notre monde puisque ce monde ne fonctionne pas selon ce principe. Vouloir l’étendre à tous tient de l’impossible. Et l’appliquer de façon unilatérale équivaudrait à laisser le champ libre au méchant qui dominerait sur ceux qui se refuseraient à se défendre. Mais notons tout de même qu’il est des cas où ce principe a eu raison du mal et a obtenu des résultats positifs : comme par exemple, la lutte pacifique menée par le Pasteur Martin Luther King aux Etats-Unis au siècle dernier, ou plus proche de nous par une partie du peuple Ukrainien.

Mais d’une façon générale, ce principe s’adresse tout particulièrement aux disciples du Christ, à leurs dispositions intérieures vis-à-vis de leurs ennemis ou de leurs persécuteurs. Avouons que la démarche tient de l’impossible humainement. Seul l’amour de Dieu que le Saint Esprit répand dans les cœurs de ses enfants, seule la grâce de Dieu et son action en nous peuvent nous aider à mettre en pratique cette parole du Seigneur.

3°) « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ».

Jésus souligne quelle devrait être notre motivation et le moyen d’y parvenir : « afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux… ». C'est-à-dire qu’il nous faut nous élever et adopter le regard de Dieu sur ce monde, comprendre son amour pour ce monde pour pouvoir aimer et prier pour ses ennemis. Jésus le dit : « votre Père qui est dans les cieux, fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et les injustes ». Dieu fait grâce à tous dans l’espoir que tous se laisseront toucher par son amour, que plusieurs se laisseront interpeller par ce que les théologiens appellent « La grâce commune ».

Conclusion :

« Vous avez appris qu’il a été dit … mais moi je vous dis… »

La barre est haute ce matin ! Mais c’est notre Seigneur qui la place et qui nous invite. Quelle victoire pour nous d’aller jusque là ! Quelle belle vocation que celle d’être digne de notre Père qui est dans les cieux ! Levons nos yeux, élevons-nous, élevons nos cœurs vers le Seigneur et demandons-lui la grâce de vivre ces paroles qu’il nous rappelle aujourd’hui !

« … de ne pas résister au méchant… ».
« Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent… »
« Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ».
« Donne ce que tu ordonnes, Seigneur, et ordonne ce que tu veux » (Prière de Saint Augustin)

Pasteur Joël Mikaélian
23/02/14

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux