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Messages du Culte

Intervention lors de la manifestation au monument aux morts d'Issy les Moulineaux, le 27 avril 2014

«… et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu ». (Parole du Christ à ses disciples en Jean 16. 3)

Permettez-moi de commencer mon propos par un extrait de courrier reçu la semaine dernière d'un de nos pasteurs d’Alep en Syrie :

« La semaine passée, 3 semaines après les événements de Kessab, la frontière ouest d’Alep est brusquement devenue chaude. …  Nous avons vécu des jours difficiles, avons entendu le bruit de la bataille chaque jour, et puis des récits terribles…. Le samedi avant le dimanche des Rameaux, des attaques similaires ont eu lieu… Peut-être les médias n’ont-ils pas du tout mentionné cela chez vous. Je voulais simplement vous dire comment les chrétiens d’Alep ont commencé la semaine sainte… Nous sommes tristes… Des gens ont été tués, d’autres blessés, des immeubles ont été détruits. Nous ne pouvons faire autre chose que rester debout et avancer le sourire aux lèvres pour manifester ainsi la force qui nous habite ».

De tels témoignages ne peuvent que raviver chez les Arméniens des souvenirs enfouis depuis 99 ans. La ville d’Alep était alors une planche de salut pour des milliers de survivants du génocide des Arméniens. A cette époque aussi, des témoignages affluaient, de nombreux témoins dont les ambassadeurs et consuls de pays occidentaux alertaient leurs autorités sur le sens réel des mots : « Déportation  des Arméniens ».

99 ans après, les choses n’ont pas beaucoup changé dans cette partie du monde. Et les paroles du Christ demeurent d’une actualité étonnante. «… l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu ». Les agresseurs sont les mêmes, les méthodes aussi, les victimes aussi, les chrétiens d’Orient au premier rang desquels, les Arméniens. Certes, il ne s’agit pas de guerre de religions, mais les dictateurs de tous bords ont toujours su exploiter la religion comme vecteur du fanatisme pour parvenir à leurs fins, éliminer les citoyens gênants ou les voisins gênants et tout ceci au nom d’un dieu ! 99 ans après le monde « libre » observe toujours impuissant les drames, la barbarie de certains humains à l’encontre de leurs semblables.

A Kessab, le mois dernier, des centaines d’Arméniens ont du abandonner leurs maisons, leurs terres, leurs églises que d’autres, toujours les mêmes, sont venu saccager et spolier en toute impunité. Mais cette fois, les massacres n’ont pas eu lieu, les Arméniens ayant fui avant leur arrivée.

Certes, il ne s’agit pas ici de prendre partie dans le conflit syrien, mais l’histoire nous montre que la démocratie ne s’improvise pas, et que l’on ne gagne rien en remplaçant des dictatures par d’autres parfois encore plus sanguinaires, ou par l’anarchie.

Ces événements, certes à une échelle moindre, ne sont que la preuve que les autorités d’Ankara sont loin d’avoir changé et n’ont pas renoncé à mettre fin à la question arménienne. Et que l’Occident a toujours énormément de mal à comprendre et à répondre efficacement aux enjeux dans cette partie du monde. L’histoire est complexe, qui sait ce qu’elle nous réserve encore ?

L’actualité de cette semaine a été particulièrement surprenante pour les Arméniens. Il aura fallu attendre 99 ans pour qu’un chef de gouvernement turc exprime quelques propos compatissants à l’égard des descendants des victimes. Propos étonnants dont il est difficile de discerner le sens, si ce n’est qu’ils témoignent d’un malaise grandissant en Turquie face à la vérité.

Quoi qu’il en soit, qu’importe, ces « condoléances » plus que tardives nous indiquent que le chemin peut être encore long. Combien de temps faudra-t-il pour passer des condoléances aux regrets, des regrets à la reconnaissance de responsabilité, de la reconnaissance à la demande de pardon et aux propositions de réparations ? Combien de temps ? Sans être dupes, ni naïfs, il nous faut noter ces propos pour l’instant, que l’on pourrait qualifier de prise de conscience officielle, ou de paroles dont les intérêts nous échappent aujourd’hui. Mais pour nous chrétiens, la véritable consolation, la véritable justice, celle qui peut et pourra réellement satisfaire un jour toutes les victimes d’injustices  est ailleurs. Notre espérance est dans la résurrection du Christ et la promesse d’un monde nouveau où la justice habitera.

En attendant, que Dieu nous aide à poursuivre notre combat pacifique pour un monde plus juste et plus humain. Qu’il nous aide à faire luire la vérité dans ce monde de mensonge ; la justice dans ce monde cupide où tout s’achète et se monnaie, même un génocide ; qu’il nous aide à trouver des chemins de pardon et de réconciliations, de reconnaissance et de réparation, afin que les descendants des victimes puissent honorer paisiblement la mémoire des leurs, et que les descendants des auteurs de ce génocide retrouvent paix et dignité.

Pasteur Joël Mikaélian

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux