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Messages du Culte

Message pour la commémoration du centenaire du Génocide des Arméniens

Issy 24 avril 2016

Monsieur le Ministre, André Santini, Député Maire d’Issy-les-Moulineaux,
Monsieur le Sénateur Maire de Meudon, Hervé Marseille, Vice-Président du Sénat,
Excellence, Monsieur Vicken Tchitetchian, Ambassadeur d’Arménie en France,
Monsieur le représentant du Président du Conseil Départemental des Hauts-de-Seine,
Mesdames et messieurs les élus et représentants des cultes,
Chers amis,

E

n ce jour de commémoration du Génocide des Arméniens, je voudrais tout d’abord dire ma reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui ont toujours soutenu notre juste cause. A vous tous en particulier, mesdames et messieurs les élus.

Nous commémorons une fois encore le Génocide des Arméniens. Une fois encore, nous faisons mémoire d’un drame si terrible qu’il n’existait pas à l’époque de mots pour le qualifier. Comment appeler ce massacre de masse de plus d’un million et demi d’Arméniens en 1915 au sein de l’empire Ottoman ? Un million et demi d’hommes, de femmes, d’enfants, sauvagement massacrés ou déportés dans les déserts de Syrie. Et au final des centaines de milliers de réfugiés, des migrants, des orphelins. Ils étaient nos parents, nos grands-parents, nos familles. Leur tords ? Ils étaient différents, arméniens et chrétiens.

Aujourd’hui, 101 ans après, nous sommes là, pour la plupart issus de ces survivants. Nous ne pouvons pas oublier et nous ne pourrons jamais oublier cette page sombre de notre histoire. Elle fait  malheureusement partie de notre identité. Ceci dit, nous ne voulons pas faire mémoire avec haine et avec un esprit de vengeance. Nous le savons, la haine ne produit que de la haine, et constitue un cercle sans fin. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut oublier, taire cette injustice. Ce serait faire injure à toutes les victimes de ce Génocide. Ce serait faire injure à toutes les victimes des Génocides et d’injustices de par le monde. Ce serait donner libre cours à la barbarie, au pire de ce que l’homme est capable de faire à son semblable.

Mais aujourd’hui, je suis indigné ! Indigné face à une actualité qui nous ramène cent ans en arrière. Indigné et souvent honteux de ce qu’au 21ème siècle, nous demeurions si impuissants face à toutes les barbaries et les injustices que notre monde connaît !

Je suis indigné face à la souffrance des chrétiens d’Orient. Elle me rappelle que rien n’a changé depuis 101 ans. L’histoire se répète dans cette partie du monde. Et ce sont quasiment les mêmes qui la répètent. Les victimes aussi sont les mêmes, les minorités. Hier les minorités de l’empire ottoman, dont les Arméniens, aujourd’hui les chrétiens d’Orient, les Arméniens du Kharabagh… Et demain ?

Je suis indigné par la situation de ceux que l’on appelle « les migrants ». Ces femmes, ces hommes, ces enfants qui fuient les guerres et les Génocides. Indigné par ces accords honteux que l’UE vient de signer avec la Turquie en vue de régler, soit disant, cette crise. Certes, la situation est complexe, difficile, j’en conviens. Mais la complexité ne justifie pas l’aveuglement et l’irresponsabilité ! Quel marché de dupe, sur le dos de ces populations fragiles, fuyant la guerre et la barbarie de ce que l’on appelle « Islam radical » ! 1915, le monde n’a rien pu faire ! 2016, le monde a toujours du mal à faire !

Je suis indigné par la violence de l’agression de l’Azerbaïdjan à l’encontre des populations civiles arméniennes du Kharabagh et le silence des nations !

Je suis indigné, choqué, par l’hypocrisie, l’aveuglement des nations dites « civilisées », face à l’arrogance, la barbarie, le mensonge de ceux qui répandent la haine, la mort, les Génocides dans ce monde !

Je suis indigné, mais pas désespéré ! « Nous ne perdons pas courage… » (2 Cor. 4. 16) Disait l’apôtre Paul dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe face à toutes les persécutions dont il était l’objet.  La foi en Christ nous porte et nous portera toujours. Je suis indigné mais confiant.

Confiant tant qu’il y aura dans ce monde des hommes, des femmes épris de justice de vérité et de paix. Des hommes et des femmes qui protesteront contre les injustices, contre la barbarie. Des hommes et des femmes de courage qui protesteront, comme vous l’avez fait dernièrement encore, mesdames, messieurs les élus, dans cette tribune pour appeler à la paix au Kharabagh. La vie est un don précieux et unique de Dieu. Nous devons l’affirmer avec force à l’heure où dans bien des pays du monde et jusque dans nos villes, on tue, on assassine lâchement des innocents sans défense !

Confiant tant qu’il y aura des sentinelles, des veilleurs, laïcs comme religieux, pour dire « stop » et dénoncer ce qui va à l’encontre de l’humanité ; dénoncer les crimes contre l’humanité, les Génocides.

Je suis indigné mais confiant, tant qu’il y aura des écoles où l’on apprend aux générations futures le respect de la vie, de la différence, le respect du plus faible, la compassion, la miséricorde. Tant qu’il y aura des enfants qui chanteront, comme hier à Meudon, la fraternité et l’espérance.

Confiant tant qu’il y aura des femmes et des hommes capables de reconnaître leurs tords et demander pardon. J’étais à Istanbul il y a 15 jours, à l’invitation de Pasteurs turcs qui ont lancé un mouvement en faveur de la reconnaissance du Génocide des Arméniens. Un mouvement de paix, de pardon, de réconciliation entre Arméniens et Turcs. La haine génère la haine et rien d’autre. Le dialogue, la revendication dans le cadre du droit et de la justice apportent la paix.

Je suis confiant, car je sais et je crois qu’il existe un Dieu au-dessus de tout. Un Dieu juste et miséricordieux qui veille et qui établira un jour un monde nouveau. Je crois en la puissance de l’amour, celui du Christ sur la croix, capable de transformer l’humain envahi par le mal, en un être nouveau, envahi par l’amour et la paix. C’est ma prière pour ce monde pour nous tous.

Je suis indigné mais pas désespéré, confiant. Ne baissons jamais les bras. Unissons nos efforts, chacun selon nos responsabilités et nos compétences : pour la paix au Kharabagh et au Moyen Orient ; pour la reconnaissance du Génocide des Arméniens avec réparations et réconciliation ; pour la pénalisation du négationnisme.

Que reposent en paix nos morts et que soient apaisées toutes les souffrances de ce monde.

Pasteur Joël Mikaélian 24/04/16

 

Eglise Evangélique Arménienne d'Issy-les-Moulineaux